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Façonner le territoire vert et bleu de demain : les clés de la réussite

Dans Environnement et espaces verts 

Selon Roger Barbault, directeur du département « écologie et gestion de la biodiversité » au Museum National d’Histoire Naturelle, la communauté scientifique s’accorde à dire que la biodiversité subit aujourd’hui une crise majeure, la 6ème depuis l’apparition de la vie.

La conséquence de ces activités anthropiques non régulées est la disparition des habitats et la fragmentation de ceux qui restent, avec pour corollaire un fonctionnement écologique perturbé, voire fortement réduit. Les nombreux services rendus gratuitement par la nature et dont l’Homme a besoin pour assurer son devenir sont altérés ou menacés. D’autre part, l’économie mondiale repose sur les ressources naturelles existantes, liées à la biodiversité (par exemple la pollinisation) d’où la nécessité de les gérer durablement.

Progressivement s’est imposée l’idée qu’il fallait prendre en compte la nature dans son ensemble, et que protéger des espaces de nature seulement (habitats et espèces remarquables) était insuffisant.

En 2001 l’Union Européenne s’est engagée à stopper l’érosion de la biodiversité à l’horizon 2010. Pour répondre à cet engagement et à celui de la convention sur la diversité biologique, la France a adopté sa Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) et lancé 11 plans d’actions. Mais cet objectif international de stopper l’érosion de la biodiversité en 2010 n’a pas été atteint, et la biodiversité a continué à se dégrader. Depuis 2010 la SNB a été redéfinie et renforcée, pour être un cadre commun qui incite et mobilise tous les acteurs de la société (Etat, associations, collectivités…) à agir ensemble pour préserver ce patrimoine commun. Cette démarche incite les acteurs à se doter d’une nouvelle vision de l’aménagement du territoire et de nouveaux outils opérationnels si on veut inverser la tendance.

En France les lois Grenelle de 2009 et 2010 ont défini le concept d’infrastructures écologiques et organisé sa déclinaison opérationnelle à toutes les échelles du territoire. Il s’agit de définir un réseau continu et hiérarchisé d’espaces à enjeux biologiques, de nature remarquable mais aussi ordinaire, à préserver et à restaurer, et de faire en sorte que le développement humain s’appuie sur ce maillage écologique, et ne se fasse plus contre lui.

La transition écologique rejoint le concept de ville végétale ; il est permis de penser que la ville durable de demain sera une ville végétale, verte et bleue, car le végétal sous ses différentes formes, associé à la problématique de l’eau, recouvre les trois dimensions du développement durable, environnemental bien sûr, mais aussi social (territoire apaisé, territoire fertile), et économique (reconquête des paysages, nouveaux usages et nouveaux services permis par la Trame Verte et Bleue, développement touristique). La ville de demain devrait retrouver le lien avec son espace périphérique, lui-même revégétalisé. Le végétal est également un excellent vecteur de communication pour développer une culture commune entre divers acteurs.

Mais il faudra s’interroger sur les outils et les processus mobilisables et mobilisés par ces nouvelles métropoles vertes, et qui pourraient utilement être reproduits ailleurs. Les collectivités qui concilient leur développement territorial avec le développement du végétal s’appuient toutes, et c’est une condition obligatoire, sur un projet de territoire partagé, une volonté forte de travailler collectivement sur le long terme. Elles sont capables également d’innovations technologiques et méthodologiques. Elles trouvent de nouvelles sources de financement. Elles communiquent sur leurs actions et sont capables d’animer un réseau d’acteurs étendu. Elles font de l’éducation à l’environnement une de leurs priorités, et elles évaluent régulièrement les progrès accomplis.

1. Vers la ville végétale, verte et bleue. Pourquoi ?

Les services espaces verts ne peuvent plus se contenter de gérer leurs espaces sans se préoccuper des nouvelles dynamiques urbaines et périurbaines, où le végétal prend un rôle prédominant, et où des nouvelles attentes des citadins/usagers émergent.

D’autre part la biodiversité concerne également les espaces privés d’un territoire, qui sont aussi importants et souvent plus importants en surface que les espaces publics. Enfin l’attractivité du territoire, liée aux infrastructures vertes est source d’activité économique accrue ; elle ne doit donc plus être ignorée.

Le territoire devrait donc désormais être appréhendé dans son ensemble, c’est-à-dire le territoire urbanisé avec son espace agricole et naturel périphérique. De fait, la thématique « espaces verts, espaces biologiques, paysages », ainsi que la thématique « eau », se retrouvent de manière transversale dans les 3 dimensions du développement durable, environnementale, sociale, et économique.

1.1. La dimension environnementale

1.1.1. Lien fort avec la planification

L'outil aujourd'hui disponible pour la mise en œuvre du projet de territoire est la réalisation d'un réseau de Trame Verte et Bleue (TVB) à toutes les échelles :

  • régions avec les schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), réservoirs et corridors biologiques formant l’armature du territoire régional
  • bassins de vie avec les schémas de cohérence territoriale (SCOT) qui doivent identifier et préciser les réservoirs et corridors écologiques du SRCE,
  • intercommunalités qui prennent en compte les préconisations du SCOT et complètent le réseau localement, dans une démarche préfigurant les plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUI),
  • communes avec les plans locaux d’urbanisme (PLU) qui déclinent les infrastructures écologiques à la parcelle cadastrale près.

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Représentation des réservoirs et corridors de la trame verte et bleue (source Stéphane Delavallade)

Les lois Grenelle de 2009 et 2010 inscrivent les continuités écologiques constituées de réservoirs et de corridors biologiques dans le code de l’urbanisme (articles L. 121-1 et suivants, L 122-1-1, L 123-1 et suivants) avec des objectifs « de protection et de mise en valeur des espaces naturels, agricoles et forestiers et des paysages, de préservation de ressources naturelles, de lutte contre l’étalement urbain, de préservation et de remise en bon état des continuités écologiques ».

Les lois Grenelle inscrivent également la TVB dans le code de l’environnement (article L. 371-1 et suivants) : « La Trame verte et la Trame bleue ont pour objectifs d’enrayer la perte de biodiversité en participant à la préservation, à la gestion et à la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques tout en prenant en compte les activités humaines, et notamment agricoles en milieu rural ».

La planification urbaine et périurbaine, ainsi que les études biologiques permettent d'identifier les 4 grandes catégories « d’espaces à enjeux » du territoire concerné : milieux naturels, agricoles, humides et urbains. La force du concept TVB est de dépasser le clivage entre ville et campagne pour les aménager conjointement en agissant conjointement sur les 4 grands types de milieux.

1.1.2. Lien fort avec les milieux aquatiques et la préservation de la ressource en eau

La Trame Verte et Bleue s’inscrit dans les préconisations des Schémas Directeurs et Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDADE, SAGE) et des Plans de Prévention des Risques d’Inondations (PPRI) : la préservation et le développement d’une trame bleue (et verte) passe par plusieurs catégories d’actions :

  • en premier lieu il s’agit de repenser la gestion des eaux pluviales en dérivant l’afflux des eaux de pluie vers des grands parcs paysagers d’infiltration périphériques aux espaces urbanisés, ces parcs devenant des éléments constitutifs d’un agro-parc préservant ses zones naturelles, et faisant évoluer ses pratiques agricoles, en particulier sur les périmètres de protection des champs d’alimentation des captages,
  • ensuite il importe de mieux préserver et de mettre en valeur les cours d’eau et leurs berges, pour améliorer la qualité biologique de l’eau de surface, et pour redonner au cours d’eau leurs champs d’expansion naturels lors des crues
  • enfin il est d’actualité de préserver ou reconstituer de nouveaux milieux humides, pour lutter contre l’imperméabilisation des sols, et réduire les îlots de chaleur urbains : fontaines, parcs avec brumisateurs, jardins humides, jardins de pluie…

1.1.3. Lien fort avec les infrastructures viaires et ferroviaires

Les Plans de Déplacement Urbain (PDU) peuvent avoir un impact significatif sur le développement des trames vertes : les opérations de réaménagement de rues, boulevards, avenues, routes nationales et départementales, qui réduisent la place dévolue à la voiture, et créent des aménagements cyclables et piétonniers, sont une opportunité de conforter et de développer des corridors verts reliant entre eux les espaces à enjeux biologiques. De même la création d’un réseau de transport en commun en site propre (TCSP) ou tramway permet de repenser de manière globale et de requalifier le territoire urbain. Enfin, la préservation des infrastructures vertes ferroviaires, ou bien la reconversion de celles-ci en promenades, contribuent également au confortement des infrastructures vertes. En parallèle il faut mettre en œuvre des opérations de réduction voire de suppression des obstacles aux déplacements perpendiculaires aux axes de circulation, pour les espèces animales et pour l’homme.

1.1.4. Lien fort avec le patrimoine bâti et les économies d’énergie

Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET), Programme Local de l’Habitat (PLH), et Opérations Programmées d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) peuvent de même agir positivement sur l’eau et le végétal : l’adaptation de la ville au dérèglement climatique nécessite un bouquet d’actions ; nombreuses d’entre elles concernent le développement du patrimoine végétal, autour des bâtiments et sur les bâtiments eux-mêmes, pour lutter contre les îlots de chaleur urbains (stockage de 50% en moyenne de l’eau pluviale, régulation de la température extérieure, isolation thermique des bâtiments…). C’est ainsi que la végétalisation des murs, façades et toits se généralise dans beaucoup de grandes villes. Le bâti lui-même peut être adapté pour réduire son impact négatif sur l’avifaune et les chiroptères.

1.2. La dimension sociale, liée à l’alimentation, et à la santé physique et psychique

1.2.1. La ville nourricière, pour une autonomie alimentaire :

Le concept de ville fertile, de ville nourricière, fait son chemin. A Chicago par exemple des hectares de champs sont cultivés sur les toits des immeubles, alors qu’à Détroit, des parcelles abandonnées par la ville suite à la crise économique sont réinvesties par les habitants pour les cultiver. En Europe également se développent différentes formes de jardins (jardins partagés, jardins associatifs, jardins individuels verticaux…) qui apportent un complément alimentaire à ceux qui les exploitent, en créant du lien social intergénérationnel. L’apiculture urbaine et périurbaine est remise à l’honneur, avec la prise de conscience que les milieux urbanisés sont des milieux ressource pour les insectes pollinisateurs. Enfin, des espaces de maraîchage et des fermes urbaines encore expérimentales pourraient devenir communs dans l’avenir, pour nourrir une population toujours plus nombreuse.

1.2.2. La ville apaisée pour un nouveau cadre de vie

Les espaces de ressourcement : il s’agit de la préservation et du développement des zones calmes, qui sont très souvent des parcs, squares, et autres espaces verts.

L’identification des espaces de ressourcement se réalise par la méthode des sociotopes. Cette méthode développée en Suède par Alexander Stäle s’appuie sur un important travail de terrain qui vise à dresser l’état des lieux et à cartographier les usages sociaux d’un espace dit « ouvert ». Les espaces ouverts peuvent être des espaces à caractère naturel ouverts au public mais aussi des places urbaines ou des quais. Ils participent de la trame verte globale d’un territoire.

Ces espaces ne sont pas forcément des zones exemptes de bruit, mais des zones dans lesquelles le niveau de bruit est bien accepté et toléré.

Les connections douces au cœur des quartiers et des communes : toutes les communes et tous les quartiers des grandes villes connaissent des passages piétons au cœur du tissu urbain, entre des maisons ou des immeubles. Ces passages sont sur des espaces publics et privés. Ils sont empruntés par les riverains habitant à proximité, mais ne sont pas identifiés comme un réseau de circulations douces continu et sécurisé, permettant d’assurer d’une part les déplacements de proximité au calme et en sécurité, d’autre part la liaison entre les différents espaces de ressourcement du quartier, ou de la commune. L’identification des connections douces de proximité se réalise par la méthode du « placemaking ». Cette méthode venant des Etats-Unis vise l’amélioration des petits espaces avec une mise en œuvre de qualité, rapide et peu chère, ce qui n’empêche pas parallèlement de penser un aménagement plus ambitieux à plus long terme. La méthode est basée sur un travail de groupe avec un échantillon représentatif de la population concernée.

La lutte contre les espèces exotiques envahissantes, contre les espèces allergisantes, et contre les espèces nuisibles, qui perturbent les écosystèmes et sont causes d’allergies ou de maladies. Ces espèces animales (ragondin…) et végétales (renouée du Japon…) perturbent par leur prolifération les écosystèmes naturels, et pour certaines d’entre elles sont cause d’allergies ou de maladies. Il est donc nécessaire d’intervenir pour les éradiquer, ou, du moins, contenir leur développement. Le développement d’espaces verts avec des végétaux bien adaptés à leur contexte climatique et édaphique est d’ailleurs un bon moyen du lutter contre ces espèces envahissantes.

1.3. La dimension économique des espaces biologiques

1.3.1. Le développement touristique, facteur d’attractivité et de développement économique

Le développement des espaces verts en ville, et également leurs mises en connexion, permet d’envisager le développement de nouveaux usages, générateurs de flux financiers :

  • D’une part des activités ludiques, recréatrices, sportives, ou éducatives (éducation à l’environnement avec guide agréé) et culturelles (représentations en plein air d’artistes, de musiciens…), ces dernières pouvant être payantes
  • D’autre part des services liés à la fréquentation des espaces : petite restauration, services à la mobilité douce (gardiennage, réparations…), hébergements spécifiques…
  • Enfin ces espaces eux-mêmes sont un facteur d’attractivité pour l’agglomération elle-même qui peut le faire valoir via son office de tourisme, et développer des prestations liées à la fois à son patrimoine bâti mais aussi son patrimoine naturel ; ces espaces sont aussi une plus-value pour les logements construits à proximité (paysage vert et calme, apaisant)

Ainsi, de nombreuses collectivités vont vers la labellisation de certains espaces remarquables (Ecojardin, Jardin Remarquable), et/ou de l’ensemble du patrimoine public (Charte d’Entretien des Espaces Publics, label des Villes et Villages Fleuris…)

Elles s’associent également aux structures touristiques locales et régionales, pour développer l’accueil du public local et du public de passage sur les espaces TVB, et les services liés : hôtellerie, restauration, services, spectacles champêtres, manifestations sportives… Le lien entre patrimoine culturel et patrimoine naturel, et le développement économique potentiel du territoire, est ainsi mis en avant.

1.3.2. La reconquête des paysages

Ségolène Royal, Ministre de l‘Ecologie, du développement durable et de l’énergie (MEDDE), a présenté le 25 septembre 2014 une communication relative à la reconquête des paysages et à la place de la nature en ville. Il s’agit de relancer une action vigoureuse sur les paysages du quotidien et les lieux de vie de tous les Français. Car les espaces paysagers bien que peu pris en compte sont au cœur d’enjeux majeurs économiques, écologiques, culturels et sociaux.

Le Plan Paysage, en cohérence avec les objectifs du volet « Paysage » du projet de loi sur la biodiversité (adoption prévue en 2016), actionne 10 leviers pour mettre en œuvre la reconquête des paysages. Ces 10 leviers représentent un bouquet d’actions, et par conséquent une activité économique potentielle non négligeable, qui concernent la labellisation des territoires d’exception (Grands Sites de France…), des chantiers laboratoire de restauration paysagère, des programmes de communication (Printemps des paysages et des jardins, Grand prix national du paysage…), et également une reconnaissance pleine et entière des métiers du paysage. Ces actions ont pour objectif que les collectivités territoriales s’approprient cette thématique. 2 des leviers actionnés dans le plan paysage sont particulièrement importants pour faire évoluer les pratiques. Il s’agit de :

  • L’intégration du rôledes paysages au 3ème Plan National Santé Environnement, décliné en Plans Régionaux Santé Environnement ; le lien avec la santé est clairement établi ! il se traduit par un ensemble d’actions concrètes sur les espaces paysagers telles que la réduction de l’usage des pesticides en milieu agricole, l’interdiction prochaine des pesticides pour les collectivités (2017) et
  • les particuliers (2019), la protection des captages d’alimentation en eau potable, la prévention des allergies liées aux pollens par la réduction des végétaux allergènes, enfin la création de jardins thérapeutiques dans les établissements de soins,
  • La généralisation des Plans de Paysage pour la réalisation de projets de territoires partagés, définissant les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir.

On voit ainsi que le végétal lié à la présence de l’eau, sous leurs différentes formes, et dans la diversité des espaces qu’ils constituent, peuvent être au cœur d’un projet de territoire structurant.

2. Vers la ville végétale, verte et bleue. Comment ?

2.1. Les moyens de la réussite

Ainsi cette évolution ne peut se concevoir sans un changement profond des façons de travailler ensemble, afin d’agir dans une cohérence territoriale d’ensemble. Ce changement de gouvernance collective, où l’habitant de surcroît revendique d’être entendu, passe par différents outils : un projet de territoire doublé d’un Agenda 21, des moyens humains et financiers dédiés, un décloisonnement des compétences et des pratiques hiérarchiques traditionnelles pour aller vers des pilotages par projet pouvant être développés selon 3 niveaux emboîtés.

2.1.1. Le projet de territoire

D’abord, et comme on le retrouve dans les Projets d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) des SCOT et des PLU, il y a nécessité d’un projet de territoire (avec une vision écologique des potentialités et une vision stratégique des grandes tendances qui l’impactent) doublé d’un Agenda 21 (nouvelle gouvernance pour créer une dynamique territoriale et évaluation des progrès accomplis).

Le projet territorial doit être situé à la bonne échelle de compréhension par les acteurs ; trop éloigné du terrain, il devient trop conceptuel et de ce fait difficilement appropriable ; trop proche du terrain, il ne permet pas d’appréhender correctement la dynamique du territoire. La bonne échelle est celle des territoires intercommunaux centrés sur les agglomérations et suffisamment étendu pour traiter les différentes problématiques, à l’image des études réalisées par Nîmes Métropole par exemple. Cette échelle permet de :

  • Préserver les grandes zones naturelles boisées ou semi-boisées, les milieux humides, les milieux secs, sources majeures de biodiversité
  • Préserver la ressource en eau du territoire, en particulier sur les périmètres (immédiat, rapproché, éloigné) des périmètres d’alimentation des captages, et de part et d’autre des cours d’eau, par une suppression totale des cultures intensives, et le retour du couvert arbustif et arboré
  • Développer un agro-parc préservant l‘agriculture tout en faisant évoluer l’espace (haies bocagères, plantations d’arbres, bandes enherbées…) et les pratiques (agriculture raisonnée, agriculture biologique)
  • Limiter les inondations, en déviant une partie des eaux pluviales vers les espaces périphériques de l‘agro-parc, sous forme d’espaces verts de stockage (zones d’infiltration)
  • Développer les espaces de maraîchage biologique ou raisonné, pour des circuits courts d’alimentation, en particulier en périphérie des agglomérations dans les zones sous pression foncière
  • Limiter l’étalement urbain, en reconstruisant la ville sur elle-même, tout en la végétalisant pour éviter aux habitants de suffoquer lors des épisodes caniculaires qui risquent de se multiplier
  • Réduire les distances des migrations pendulaires effectuées presque exclusivement en automobile, et donc stabiliser et retraiter les infrastructures routières fragmentant le paysage, pour augmenter leur transparence
  • Développer les itinéraires de promenades et de randonnées, en ville, sur l‘agro-parc, et sur les espaces naturels préservés…

Ainsi, le SCOT et les PLU précisent les espaces à enjeux biologiques chacun à leur niveau, en les traduisant sous forme d’un réseau écologique affinant celui du SRCE, et le complétant par un réseau local de réservoirs et corridors écologiques.

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Exemple de projet de territoire pour une agglomération, à traduire en espaces à enjeux TVB (source Reims Métropole)

Le patrimoine végétal comme le patrimoine aquatique représentent un fil conducteur pour faire évoluer progressivement l’ensemble des espaces, publics mais aussi privés. En d’autres termes, il s’agit d’inverser le regard, de construire la ville et le territoire à partir du patrimoine vert et bleu, pour intégrer le bâti et les axes de déplacements dans une matrice verte et bleue qui leur sert d’écrin, et d’écran protecteur. L’Agenda 21 est le moyen privilégié pour fédérer les acteurs du territoire autour de cette vision novatrice, depuis le territoire d’action dans son ensemble jusqu’au projet d’aménagement urbain local.

2.1.2. La gouvernance et les moyens

La mise en œuvre d’un projet partagé appelle une orientation et d’un portage politique forts sur le long terme pour, au-delà des obligations réglementaires, façonner le territoire durable de demain.

Ensuite des moyens humains et financiers doivent être dédiés pour faire vivre le projet. Parler d’Agenda 21 sous-entend la mise en place d’une équipe pluridisciplinaire de développement et d’animation spécifique. Cette équipe n’a pas vocation à faire à la place des acteurs, mais elle doit conseiller les acteurs, mettre en cohérence les actions de ceux-ci, mettre en valeur les démarches innovantes des communes et autres partenaires, enfin communiquer et faire vivre le territoire.

Mais pour mettre en œuvre un projet de territoire partagé il faut aussi de décloisonner les compétences des différents services pour mieux les associer, et décloisonner les pratiques hiérarchiques traditionnelles, pour aller vers des démarches plus collaboratives et partagées. Plusieurs leviers sont mobilisables pour cela :

  • Mutualisation des services : mutualisation à la fois des services techniques, mais aussi touristiques, culturels, économiques…, pour une meilleure cohérence d’action. A défaut, une répartition intelligente des compétences entre ce qui relève du niveau communal de proximité et de ce qui relève du niveau intercommunal, est à l’ordre du jour, sachant que la tendance est néanmoins un transfert important des compétences des communes vers l’intercommunalité.
  • Meilleure identification et valorisation des compétences en interne : pour mieux valoriser ces compétences, en déconnectant si nécessaire la compétence identifiée du grade des agents concernés. Par exemple, certains agents de terrain qui travaillent sur le terrain dans le champ technique (eau, espaces verts, voirie…) peuvent aussi avoir par ailleurs des qualités d’observation et des qualités pédagogiques qui pourraient utilement être valorisées dans des démarches d’éducation vis-à-vis du grand public alors que leur grade ne le prévoit pas à priori. C’est une démarche gagnant-gagnant qui décloisonne les structures hiérarchisées et apporte une plus-value à la collectivité.

Utilisation de référentiels techniques partagés : l’opération consiste à élaborer conjointement par et pour l’ensemble des services techniques un document opérationnel de requalification de l’ensemble de l’espace public. Ce document est un référentiel technique des espaces publics concernant l’accessibilité, la voirie, les déplacements, les stationnements, le mobilier, les noues, et les végétaux, afin que l’ensemble se concrétise par des aménagements adaptés et durables. En particulier la place du végétal est ainsi définie et prise en compte dans les aménagements.

Pilotage par projet selon 3 niveaux emboîtés : il s’agit de mettre en place non seulement des démarches projet pour chaque projet de la phase TVB, mais également une démarche projet pour chaque phase de TVB, avec une équipe dédiée et un pilotage qui peut être variable selon la nature de la phase concernée.

Ainsi la gouvernance s’établit selon 3 niveaux emboîtés :

  • Au niveau du projet
  • Au niveau du réseau TVB, avec budget par projet et non plus par service
  • Au niveau du territoire dans son ensemble

Chaque opération d’aménagement revient par conséquent à innover méthodologiquement en mettant en œuvre une démarche projet technique et administrative associant des référents de chaque service concerné, ainsi que les habitants dans une démarche de démocratie participative.

De nouveaux métiers d’ensembliers et de pilotes de projets complexes émergent, pour coordonner des démarches techniques mais aussi administratives, juridiques, foncières, touristiques, culturelles, éducatives…. Il est utile prévoir un Assistant à Maîtrise d’Ouvrage pour l’animation du réseau d’acteurs et la communication pour chaque phase TVB, et également le développement d’actions liées à l’éducation à l’environnement, d’une part en direction des habitants via les Conseils de Quartiers, mais aussi pour tous les acteurs concernés. Des partenariats avec les Universités, les Grandes Ecoles, les associations…, peuvent utilement être recherchés.

2.2. Les espaces à enjeux du territoire

La mise en place des outils précédents permet d’identifier les espaces à enjeux du territoire, sur lesquels des actions prioritaires pourront alors être menées. L’ensemble des programmes stratégiques de la collectivité trouvent alors leurs logiques, et leur complémentarité.

2.2.1. Les milieux naturels boisés, semi-boisés, et ouverts, type prairies, pelouses

Forêts, bois, friches et prairies structurent le territoire ; par conséquent l’objectif est de chercher à les relier entre eux par de nouvelles infrastructures vertes, pour former d’une part une couronne boisée ou semi-boisée autour des agglomérations, d’autre part des corridors qui pénètrent jusqu’au cœur des villes et se connectent aux espaces verts urbains et aux cours d’eau

2.2.2. Les cours d’eau, berges et milieux humides

Une réflexion est à conduire pour gainer les cours d’eau partout où c’est possible au titre de la trame bleue, y compris en ville, par un cordon végétal dont la largeur est définie par le champ d’expansion maximal et nécessaire du cours d’eau, avec une végétation rivulaire adaptée et diversifiée ; ce gainage végétal est à relier aux infrastructures boisées et semi-boisées ; en parallèle il faut veiller à la qualité du milieu hydrique et à supprimer les obstacles à l’écoulement de l’eau.

Certains milieux humides et plans d’eau qui ont connu des disparitions importantes par drainage, remblaiements… devraient être recréés en les dotant d’un couvert et d’un cordon végétal protecteur, en priorité sur les emprises des espaces à enjeux boisés, semi-boisés, et ouverts.

2.2.3. Les milieux agricoles et viticoles

Les espaces à enjeux agricoles sont divers et identifiés par les caractéristiques suivantes :

  • D’une part les zones en relief qui subissent des phénomènes d’érosion importants, et qu’il faut donc stabiliser par la végétalisation et des aménagements spécifiques
  • D’autre part les périmètres des bassins d’alimentation des captages immédiats, rapprochés, et éloignés, où la diversification paysagère par un système bocager de haies, bois, friches, bosquets, bandes enherbées…, s’impose pour protéger la ressource en eau
  • Ensuite les zones de réception et d’infiltration naturelle des eaux pluviales sont à développer sous forme de milieux temporairement humides mais en permanence végétalisés à plusieurs endroits de l’agro-parc, c’est-à-dire de la ceinture verte entourant les villes, progressivement élaborée autour des zones urbanisées ; de même il est utile de concevoir des stations d’épurations naturelles avec des végétaux spécifiques (macrophytes) piégeant et dégradant les polluants, partout où l’espace le permet (nécessité de plusieurs hectares)
  • Enfin les espaces sous pression foncière à proximité des villes : zones de transition entre la ville et la campagne, ils pourraient devenir de nouveaux espaces bâtis ménageant de larges surfaces végétalisées à la fois pour une polyculture de proximité, du maraichage, l’infiltration des eaux pluviales (jardins de pluie), et des espaces verts de loisirs

La création progressive d’un agro-parc périurbain dérivant l’afflux des eaux pluviales par des dispositifs adaptés (citernes de stockage mais surtout parcs paysagers d’infiltration), préservant ses zones naturelles, et faisant évoluer ses pratiques agricoles (maillage bocager, agriculture biologique…), est très importante pour l’avenir.

2.2.4. Les milieux urbanisés et les infrastructures de déplacement

Les espaces à enjeux des milieux urbains sont les espaces où la proximité et l’agencement des différents espaces biologiques publics mais également privés permet l’expression d’un fonctionnement écologique encore important, qu’il importe de préserver. Ils présentent différents facies :

  • facies « semi-naturel » dominant : constitué majoritairement d’une mosaïque d’espaces de bois, de friches, de milieux plus ou moins ouverts, de jardins… Citons par exemple la Coulée Verte de Reims Métropole, qui est une vaste zone de 1100 hectares peu urbanisée entre rivière et canal constituée d’une mosaïque d’espaces différents mais complémentaires : zones boisées, milieux humides, jardins privés et associatifs, périmètre de protection de captages, parcs…, progressivement aménagée et ouverte au public,
  • facies « mixte », semi-naturel et urbain dominant : constitué d’une mosaïque d’éléments semi-naturels et d’éléments plus urbains : la ville de Roubaix par exemple élabore progressivement son « corridor écologique ouest » de part et d’autre de la voie ferrée, sur près de 3 kilomètres de long et 100 mètres de large ; celui-ci est constitué de 2 parcs, mais aussi d’un jardin partagé, de friches qui seront en partie construites, et de la gare SNCF ; de multiples opérateurs publics et privés interviennent, avec des montages innovants (partenariat public privé, concessions)
  • facies « urbain » dominant : constitué d’éléments majoritairement urbains : parcs, squares, jardins privés, pieds d’immeubles… Nice en montre un bel exemple, avec la promenade du Paillon : la promenade du Paillon est une coulée verte conçue par le paysagiste Michel Péna. Elle permet de relier la promenade des Anglais jusqu’au théâtre national sur une longueur de 1,2 km, et une surface de 12 hectares. 1 600 arbres, 6 000 arbustes et 50 000 plantes vivaces ont été plantés pour la réaliser.

Ces espaces à enjeux du territoire sont traversés par des axes de circulation routière et ferroviaire. Ils peuvent alors être requalifiés sous l’angle de la trame verte d’une part en développant la végétation linéaire de part et d’autre de la voie, à l’image du tramway de Brest Métropole Océane par exemple, d’autre part en les rendant perpendiculairement plus perméables à la circulation biologique par des aménagements adaptés (ponts végétalisés, passages sous chaussée…). Les eaux pluviales issues de ces axes de circulation sont à traiter avant rejet dans le milieu, par un réseau de noues (fossés) végétalisées.

« Sur tout le tracé du tramway de Brest Métropole Océane, mis en service en 2012, les arbres d’alignement anciens ont été remplacés par de nouvelles essences qui structurent les voies et espaces d’accompagnement. L’installation du tramway, destinée à améliorer l’offre globale de transport public, a permis une profonde mutation des axes principaux de la ville et le retraitement complet de l’espace public de la reconstruction d’après-guerre, qui ne répondait plus à l’image de métropole. Cette première ligne a été une formidable opportunité pour lancer des projets urbains de grande ampleur (quartier d’habitat social de Pontanézen, cœur de ville piétonnier…), et pour réaménager des jardins en bord de ligne, tels que Giono et Jegaden. »

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Exemple d’espaces à enjeux prioritaires (en gris) autour d’une agglomération qui sont autant d’espaces TVB à conforter, et à relier aux espaces à enjeux urbains (source : Stéphane Delavallade).

2.3. Les programmes d’actions pour la nature

Les programmes d’action pour la nature peuvent être identifiés selon les catégories suivantes. Ils s’appliquent à chacun des milieux précédemment cités, en priorité sur les espaces à enjeux déterminés :

  • Connaître le patrimoine biologique existant : études faune, flore, habitats, (espèces emblématiques et indicatrices), étude du fonctionnement de l’écosystème TVB, étude des obstacles au déplacement des espèces. Pour les milieux urbanisés et fortement artificialisés, définir au préalable une typologie et l’agencement des espaces biologiques, et une typologie paysagère du territoire.
  • Préserver : protections réglementaires inscrites aux PLU (Réserve Naturelle Régionale, Arrêté de Protection de Biotope, Zone Agricole de Protection…) et protections contractuelles (mesures agroenvironnementales par exemple)
  • Gérer durablement :
    • Gestion multifonctionnelle de la forêt (cf. label de l’Office National des Forêts : forêts d’exception), gestion cynégétique, plans de développement des massifs, programmes spécifiques espèces…*
    • Evolution des pratiques agricoles et viticoles : labours perpendiculaires à la pente, fertilisation raisonnée, cultures intermédiaires pièges à nitrates, jachères volontaires, moissons du centre des parcelles vers la périphérie, agriculture biologique, programmes spécifiques espèces…
    • Préservation de la ressource en eau quantitativement (débit réservé) et qualitativement en faisant évoluer les plantations résineuses et les peupleraies en milieux diversifiés ; supprimer l’exploitation des granulats dans le lit majeur des cours d’eau (selon préconisations du SAGE), programmes spécifiques espèces…
    • Gestion écologique des parcs et espaces verts urbains, sans pesticides, et avec tailles douces, programmes spécifiques espèces (insectes pollinisateurs, avifaune, chiroptères, arbres remarquables…), éclairage nocturne réduit pour protéger la faune et la flore (trame noire) …
  • Restaurer les espaces et le paysage :
    • Transformer d’anciennes carrières ou décharges en nouveaux milieux naturels,
    • Nettoyer et réhabiliter des friches qui sont souvent des « trésors » de biodiversité
    • Restaurer les berges de rivière et de fleuves par des techniques douces de génie végétal, supprimer les ouvrages obstacles à l’écoulement de l’eau, restaurer les frayères (selon préconisations du SAGE)…
    • Lutter contre les espèces exotiques envahissantes
    • Renaturer les parcs et espaces verts urbains en diversifiant les structures végétales et en privilégiant les ports libres…
  • Aménager sous conditions en appliquant la séquence ERC (Eviter, Réduire, Compenser, les atteintes à l’environnement) : prendre en compte le potentiel biologique existant en amont de chaque projet et faire en sorte soit de l’intégrer au projet, soit de limiter les atteintes à ce potentiel lors de la réalisation du projet d’aménagement
  • Développer le patrimoine biologique :
    • Récréer des zones boisées importantes autour des agglomérations
    • Développer un réseau important de haies brise-vent, de bois, et de bandes enherbées en milieux agricoles
    • Recréer de nouveaux milieux humides diversifiés autour et à l’intérieur des agglomérations
    • Affecter un coefficient de végétalisation à toute opération d’aménagement urbain, et développer le végétal y compris sur les toits et les murs, développer des zones de jardinage et de maraîchage…

2.4. Le nouveau cadre d’action des collectivités locales

S’engager dans une démarche de transition écologique, c’est aussi s’engager dans un processus de transition énergétique, car les 2 démarches sont intimement liées. Par ailleurs, les innovations technologiques et méthodologiques sont nécessaires pour renforcer l’engagement des acteurs, dans une période budgétaire contrainte. D’autre part, « savoir-faire » aujourd’hui ne suffit plus ; « faire savoir », c’est-à-dire communiquer et éduquer, est primordial pour fédérer les acteurs et capter de nouvelles sources de financement, en suscitant l’intérêt d’investisseurs.

Enfin, l’évaluation des services rendus par la nature ainsi que des progrès accomplis est une composante incontournable des actions à réaliser.

2.4.1. La transition énergétique

Pour réduire l’énergie consommée et les pollutions liées (gaz à effet de serre notamment), on intervient en effet principalement d’une part sur les infrastructures de transport et les déplacements, d’autre part sur le patrimoine bâti. Or le végétal joue un grand rôle dans cette évolution.

La réduction de l’emprise dévolue à la voiture au profit du végétal le long des infrastructures viaires, de même que le développement de transports alternatifs comme le tramway, contribuent à la transition énergétique.

De même la végétalisation des murs, façades et toits, qui se généralise dans beaucoup de grandes villes, contribue à adapter les lieux de vie aux variations thermiques actuelles et futures.

Ensuite la multiplication des lieux où l’eau est présente, associée à la végétation, (jardins de pluie, plans d’eaux permanents, fontaines, espaces avec brumisateurs…) permet la création d’autant d’îlots de fraicheur qui, en plus d’être très appréciés par la population, ont une réelle action de régulation des variations thermiques estivales. Il a été ainsi démontré qu’en été on peut avoir une différence de 5°C entre un espace à l’ombre et un espace en plein soleil.

Enfin, l’élaboration progressive d’une trame noire, complémentaire à la trame verte et bleue, préservant l’obscurité des espaces biologiques, tout en réduisant les consommations et les coûts de l’éclairage public, est également un levier fort que les territoires doivent actionner.

2.4.2. Les innovations technologiques et méthodologiques

Les innovations technologiques sont nécessaires pour renforcer l’engagement des acteurs. Une innovation est réussie quand l’objectif recherché est atteint mais aussi quand la démarche est reproductible et transposable à d’autres territoires.

Citons la commune de Grande-Synthe dans le Nord par exemple, qui a été élue capitale mondiale de la biodiversité en 2010, pour avoir largement appliqué les principes de la gestion différentiée de ses espaces verts et restauré sa biodiversité ; cette commune fait désormais figure de référence en termes de gestion durable.

Mais l’échelle locale, c’est-à-dire celle du projet est pertinente également pour innover, par exemple pour la réhabilitation d’une zone d’activité dégradée, ou bien la création d’un éco quartier… Citons pour l’exemple la création de l’Eco quartier RémaVert sur le territoire de Reims Métropole, qui réhabilite en la qualifiant une ancienne zone industrielle sur plus de 11 hectares, avec une vision novatrice qui consiste d’intégrer le bâti dans une matrice verte couvrant 60% de la surface totale.

La reconstruction de la ville sur elle-même a pour conséquence d’intervenir sur des sols plus ou moins pollués, siège d’anciennes activités industrielles, renfermant souvent des vestiges archéologiques, et parfois inoccupés depuis longtemps : d’où nécessité d’utiliser un outil méthodologique intégré liant le projet d’urbanisme à l’archéologie, le foncier, les pollutions, et la biodiversité, sans oublier les procédures ICPE le cas échéant, et la concertation avec les riverains.

De même, mettre en place des circuits courts d’alimentation rapprochant les producteurs locaux des consommateurs ne s’improvise pas. C’est une démarche projet à part entière qui s’inscrit dans la durée. L’objectif est de faire évoluer la restauration individuelle des familles avec les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne ou les jardins d’insertion, et également de faire évoluer la restauration collective (restaurants municipaux, restaurants d’entreprises…), avec des produits locaux, frais, et de qualité, issus autant que possible de l’agriculture biologique.

Cette démarche nécessite le développement des surfaces jardinées, sous différentes formes (jardins familiaux, jardins privés…) pour la restauration familiale. Par conséquent de nouveaux sites de maraîchage à proximité ou même à l’intérieur des zones urbanisées, sont à développer, afin d’alimenter la restauration collective : restaurants d’entreprises, universitaires, municipaux…). Ainsi, différents diagnostics sont nécessaires, à la fois écologiques, fonciers, agricoles, économiques en termes de filière (possibilités, freins).

Un partenariat Gagnant-Gagnant avec les agriculteurs-producteurs est possible en s’inspirant des modèles munichois, barcelonais, ou jurassien (ville de Lons-le-Saunier). La ville de Munich en Allemagne en est un bon exemple. Depuis le début du XXème siècle, cette ville achète les terrains sur la zone d’influence des captages pour les reboiser. En 1991, elle lance son programme de promotion de l’Agriculture Biologique (AB) pour protéger la ressource en eau et accompagne les agriculteurs au niveau technique par le biais des associations locales, au niveau commercial en favorisant l’AB dans la restauration collective et au niveau financier en indemnisant les agriculteurs biologiques à hauteur de 250 €/ha en moyenne. Aujourd’hui, plus de 83% des terres agricoles sont en AB et les résultats sont très positifs en l’espace de 14 ans : les teneurs en nitrates ont baissé de 43% tandis que les teneurs en pesticides ont diminué de 54% ! (source Mirabel, Lorraine Nature Environnement).

2.4.3. Les nouvelles sources de financement

Dans un contexte où les budgets sont contraints du fait des diminutions des dotations de l’Etat, et de la crise économique, les collectivités doivent être imaginatives pour poursuivre leurs transition écologique (et énergétique). Mais des solutions existent :

  • D’une part elles peuvent profiter des opérations d’aménagement telles que les Programmes de Renouvellement Urbain (PRU), ou bien la mise en place d’un tramway, qui sont financées, pour les infléchir dans un sens plus environnemental et ainsi requalifier écologiquement les espaces traités
  • D’autre part elles peuvent bénéficier de subventions européennes (FEDER, FEADER), et de fonds résultant d’appels à projets nationaux et régionaux. La future Agence Française pour la Biodiversité qui verra le jour prochainement à vocation à financer également un certain nombre de projets.
  • Mais les collectivités pourront aussi rechercher des financements innovants type Partenariats Public Privé (PPP), et développer le mécénat.

2.4.4. L’animation du territoire

Toutes les collectivités qui s’engagent dans des programmes ambitieux de réalisation d’une armature verte de leur territoire d’une part communiquent sur leurs actions (site internet, revues spécialisées ainsi que le bulletin de liaison interne, journées spécifiques TVB, concours photos, balades urbaines…). La suite logique et l’animation d’un réseau des partenaires pour la "biodiver-cité", associant des partenaires publics et privés d’horizons divers (associations, universitaires, entreprises, paysagistes…), pour développer une culture commune, un réseau d’acteurs. D’autres actions sont également développées aujourd’hui :

  • Répondre à des appels à projets régionaux et nationaux (exemple un habitant, un arbre), au concours annuel « Capitale Française de la Biodiversité », Victoires du Paysage… C’est un excellent moyen de fédérer les acteurs autour d’un objectif commun et d’une reconnaissance partagée.
  • Proposer les sciences participatives au grand public et aux étudiants, pour compléter le travail des professionnels sur le terrain, et rapprocher les habitants de leur territoire. Plusieurs programmes existent aujourd’hui, développés et portés par Plante et Cité, organisme national d’études et d’expérimentations sur la nature en ville, en lien avec le Museum national d’Histoire Naturelle et des associations (Vigie nature, Tela Botanica…).
  • Associer les habitants à l’évolution de leurs espaces de proximité par un travail de démocratie participative au sein des conseils de quartiers ou des conseils municipaux : réunions de travail, balades urbaines, concours photos, études des projets de végétalisation présentés, journées thématiques…
  • Participer aux travaux régionaux sur le SRCE, la charte régionale de la biodiversité, le Parc Naturel Régional le plus proche, les programmes régionaux agricoles et forestiers qui jouxtent ou concernent le territoire…
  • Participer à des congrès et manifestations nationales pour témoigner et se faire connaître….
  • En parallèle, de nombreuses collectivités font de l’éducation à l’environnement un axe fort de leur politique, avec un certain nombre d’actions telles que :
  • Les programmes d’éducation à l’environnement à destination des écoles, collèges, lycées, centres aérés, et du grand public : jardin champêtre, jardinage biologique, apiculture urbaine, arboriculture, arbusticulture, … où les habitants s’impliquent personnellement…
  • Un partenariat avec l’Université locale et/ou une école d’Ingénieurs pour ancrer les formations supérieures (licences, masters, doctorats) dans le territoire local et faire participer les étudiants aux démarches TVB,
  • L’opportunité pour les agents et le public d’avoir un centre de ressources pour l’environnement local type maison de la nature, ou maison de l’environnement, ou conventionner avec une structure en possédant un,
  • Un site internet participatif, à l’image de celui de Cergy-Pontoise ; attention : prévoir les moyens humains pour alimenter et faire vivre le site.

2.4.5. L’évaluation des services rendus par la nature (index de Singapour) et des progrès accomplis

Encore peu connue des acteurs du territoire comme du grand public, l’évaluation des écosystèmes pour le Millénaire, menée par l’Organisation des Nations Unies, apporte une nouvelle dimension à la protection de l’environnement. Il convient désormais pour mieux protéger la nature de lui donner une valeur et d’estimer les bénéfices qu’elle rend à l’être humain. C’est ainsi que Montpellier utilise depuis 2010 le premier indice de biodiversité spécifiquement urbain dit index de Singapour (Index of Biodiversity in the Cities), qui combine 23 indicateurs. Certains mesurent la biodiversité native et les services écosystémiques, d’autres portent sur la gouvernance de la biodiversité. L’indice permet de s’autoévaluer et de juger de la pertinence des actions et politiques mises en place, puis de suivre leurs évolutions. Cet indice se révèle pertinent quelle que soit la taille, la situation géographique ou climatique de la ville en question. Il prend en compte la problématique de l’étalement urbain, l’imperméabilisation des sols, aussi bien que les actions engagées par les villes pour sensibiliser et éduquer leur population. Chaque indicateur est noté de 1 à 4 pour aboutir à une note globale de 100.

Conclusion

Le contexte est désormais favorable pour les villes et leurs territoires à s’engager dans une démarche structurante de transition écologique. De nombreux moyens pour y parvenir existent. La clé de la réussite réside dans une bonne mobilisation de ces moyens. Les territoires qui réussissent sont ceux qui savent fédérer les acteurs autour d’un projet innovant, en veillant à la complémentarité des programmes mis en œuvre :

  • Une vision prospective sur le moyen et long terme : quel territoire voulons-nous pour demain ? comment l’adapter aux impératifs de demain (dérèglement climatique, population urbaine croissante, coût de l’énergie de plus en plus élevé, déplacements moins polluants…)
  • Un projet de territoire partagé, porté par les décideurs élus et les Directions Générales, avec une bonne échelle d’intervention, intégrant la problématique de l’eau, cruciale pour l’avenir
  • Le végétal sous toutes ses formes réhabilité grâce à la TVB et clé de voute du projet : le végétal qui embellit, répare, protège, nourrit, valorise
  • Une reconnexion des villes avec leurs espaces périphériques pour une solidarité et une complémentarité d’usages entre les milieux naturels, les milieux agricoles, les milieux humides, et les milieux urbains
  • Un Agenda 21 qui permette une véritable acculturation des acteurs pour travailler ensemble et progresser, avec une équipe et des moyens dédiés
  • Une capacité à innover et à se remettre en cause par une nouvelle gouvernance à 3 niveaux qui décloisonne les pratiques et valorise les compétences : gouvernance technique, gouvernance inter-projet, et gouvernance globale du territoire
  • Une capacité à mobiliser des moyens financiers novateurs, dans un contexte budgétaire difficile
  • Une capacité à évaluer les progrès accomplis, et également les échecs constatés, pour s’autocorriger et rebondir

Cette nouvelle approche des territoires n’a pas d’autre choix pour fonctionner que de rassembler des équipes pluridisciplinaires au sein d’une démarche projet rigoureuse et bien ordonnée. De nouveaux métiers d’ensembliers émergent, avec des professionnels capables tout à la fois de réponde aux commandes politiques dans les délais prévus, et de mobiliser différents acteurs publics et privés sur les projets, ainsi que la participation des habitants et/ou des usagers qui s’avère aujourd’hui obligatoire dans un processus d’information et de coproduction des projets.

Bibliographie

  • Décret n° 2012-1492 relatif à la trame verte et bleue, Journal Officiel de la République Française, 27 décembre 2012, 5 pages.
  • Trame verte et bleue : questions réponses, Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie, janvier 2014, 34 pages
  • Cité Verte les 70 propositions du manifeste pour une Cité Verte, Val’Hor, octobre 2011, 10 pages
  • Comment la nature s’intègre dans les politiques des territoires urbains, Les notes d’ETD, novembre 2010, 40 pages
  • Ville et agriculture : cohabiter pour se développer, Intercommunalités n°180, juillet-août 2013, 8 pages
  • Eau et Bio : recueil d’expériences de 12 sites pilotes, Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, mai 2013, 52 pages
  • Communication relative à la reconquête des paysages et à la place de la nature en ville, Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, et de l’Energie, septembre 2014, 2 pages

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Créé le 11/04/2016