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Le Gouvernement VALLS 2

Dans organisation politique 

En réaction aux critiques du ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, sur la politique économique suivie par l’exécutif, le Premier ministre, Manuel Valls a présenté la démission de son gouvernement. Le Président de la République, François Hollande l’a acceptée[1]. Il a confirmé Manuel Valls dans ses fonctions[2] en lui demandant de former un nouveau gouvernement conformément à l’article 8 de la Constitution[3].


[1] Décret du 25 août 2014 relatif à la cessation des fonctions du gouvernement
[2] Décret du 25 août 2014 portant nomination du premier ministre
[3] Cet article a été écrit avant la démission de Thomas Thévenoud le 4 septembre 2014 qui a été remplacé par Matthias Fekl

Sommaire

En réaction aux critiques du ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, sur la politique économique suivie par l’exécutif, le Premier ministre, Manuel Valls a présenté la démission de son gouvernement. Le Président de la République, François Hollande l’a acceptée1. Il a confirmé Manuel Valls dans ses fonctions2 en lui demandant de former un nouveau gouvernement conformément à l’article 8 de la Constitution3.

Article 8 de la Constitution

Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement.

Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Certains se sont étonnés de cette réaction présidentielle. Pourquoi en effet choisir la démission du gouvernement suivie de la constitution d’une nouvelle équipe dirigée par le même homme alors qu’il aurait suffi d’écarter les deux ou trois ministres contestataires ?
C’est en effet ce qui s’était passé le 2 juillet 2013 avec Delphine Batho lorsque quelques heures seulement après avoir dénoncé les restrictions budgétaires auxquelles son ministère allait devoir faire face, le Président a limogé sa ministre de l’Écologie.
Avant elle, d'autres ministres ont subi le même sort après des prises de position peu appréciées par l'exécutif.
Ainsi, en 1995, Alain Madelin n’a pas exercé longtemps ses fonctions de ministre de l’économie dans le gouvernement Juppé, en raison de ses positions trop libérales exprimées publiquement sur la réforme des retraites.
En 1988, c’est Léon Schwartzenberg qui fut contraint de démissionner, neuf jours seulement après sa nomination comme ministre de la Santé dans le gouvernement Rocard, à la suite de ses déclarations par lesquelles il préconisait « le dépistage systématique du sida et l'utilisation de la méthadone dans le traitement de la toxicomanie »
En 1981, c’est Alain Bombard qui est resté un mois dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy. Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Environnement s’était imprudemment prononcé pour l’abolition de la chasse à courre.
Jean-Jacques Servan-Schreiber a lui aussi été un ministre éphémère, dans le gouvernement de Jacques Chirac. Il dut démissionner, quelques jours après sa nomination le 28 mai 1974, pour avoir dénoncé publiquement les essais nucléaires français dans le Pacifique.
On pourrait citer aussi Olivier Stirn en 1989 ou encore Jean-Pierre Cot en 1982.
Pourquoi dans ces conditions les trois ministres contestataires, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti, n’ont-ils pas été simplement poussés à la démission ? Pourquoi provoquer la démission collective du gouvernement ?
De toute évidence, le Premier ministre - car c’est lui semble-t-il qui a « imposé » cette procédure au Président de la République4 - a voulu par ce biais affirmer son autorité puisque ce faisant, le Président de la République a du renouveler explicitement sa confiance envers le Premier ministre.
Qui plus est, former un nouveau gouvernement, « en cohérence avec les orientations que [le Président de la République] a lui-même définies »5 permettait au Premier ministre de partir sur des bases politiques d’autant plus claires que ceux qui les contestaient, avaient été écartés.
C’est pourquoi, avant de former son gouvernement Manuel Valls a reçu un par un, chaque ministre en leur demandant s’ils acceptaient la ligne politique sur laquelle le nouveau gouvernement était constitué.
C’est non seulement l’autorité du Premier ministre qui était ainsi renforcée, mais aussi la cohésion du gouvernement qui était assurée.
Manuel Valls est le vingt et unième Premier ministre6 dirigeant le trente huitième gouvernement de la Cinquième République après avoir conduit le trente septième pendant 147 jours seulement.

21 PREMIERS MINISTRES POUR 38 GOUVERNEMENTS
Charles DE GAULLE
1-Michel DEBRE08-01-1959 / 14-04-1962
2-Georges POMPIDOU14-04-1962 / 28-11-1962
3-Georges POMPIDOU28-11-1962 / 08-01-1966
Charles DE GAULLE (2ème septennat)
4-Georges POMPIDOU08-01-1966 / 01-04-1967
5-Georges POMPIDOU06-04-1967 /10-07-1968
6-Maurice COUVE de MURVILLE10-07-1968 / 20-06-1969
Georges POMPIDOU
7-Jacques CHABAN-DELMAS20-06-1969 / 05-07-1972
8-Pierre MESSMER05-07-1962 / 28-03-1973
9-Pierre MESSMER02-04-1973 / 27-02-1974
10-Pierre MESSMER27-02-1974 / 27-05-1974
Valéry GISCARD D’ESTAING
11-Jacques CHIRAC27-05-1974 / 25-08-1976
12-Raymond BARRE25-08-1976 / 29-09-1977
13-Raymond BARRE29-09-1977 / 31-03-1978
14-Raymond BARRE03-04-1978 / 21-05-1981
François MITTERRAND
15-Pierre MAUROY21-05-1981 / 23-06-1981
16-Pierre MAUROY23-06-1981 / 22-03-1983
17-Pierre MAUROY22-03-1983 / 19-07-1984
18-Laurent FABIUS19-07-1984 / 20-03-1986
19-Jacques CHIRAC20-03-1986 / 10-05-1988
François MITTERRAND (2ème septennat)
20-Michel ROCARD10-05-1988 / 23-06-1988
21-Michel ROCARD23-06-1988 / 15-05-1991
22-Edith CRESSON15-05-1991 / 02-04-1992
23-Pierre BEREGOVOY02-04-1992 / 29-03-1993
24-Edouard BALLADUR29-03-1993 / 17-05-1995
Jacques CHIRAC
25-Alain JUPPE17-05-1995 / 07-11-1995
26-Alain JUPPE07-11-1995 / 02-06-1997
27-Lionel JOSPIN02-06-1997 / 06-05-2002
Jacques CHIRAC (2ème mandat)
28-Jean-Pierre RAFFARIN06-05-2002 /17-06-2002
29-Jean-Pierre RAFFARIN17-06-2002/30-03-2004
30-Jean-Pierre RAFFARIN30-03-2004/ 31-05-2005
31-Dominique de VILLEPIN31-05-2005/ 16-05 2007
Nicolas SARKOZY
32-François FILLON17-05-2007/19-06-2007
33-François FILLON19-06-2007/ 13-11-2010
34-François FILLON14-11-2010/ 10-5- 2012
François HOLLANDE
35-Jean-Marc AYRAULT16-05-2012/ 21-06-2012
36-Jean-Marc AYRAULT21-6-2012/ 31-03-2014
37-Manuel VALLS31-03-2014/ 25-08-2014
38-Manuel VALLS25-08-2014/ ….

Issu de l’aile droite du Parti socialiste, ne disposant pas d’un véritable courant au sein de celui-ci, sans véritables relais ni véritables alliés au sein du gouvernement, Manuel Valls doit donc affirmer son autorité au sein de celui-ci. C’est pourquoi, on l’a vu, le nouveau gouvernement a été formé.
Mais, à l'Assemblée nationale, sa base politique s’est rétrécie. Ses seuls alliés sont les radicaux de gauche, quant aux socialistes, une quarantaine de frondeurs de tous bords ne l’ont certes pas empêché de gouverner, mais le fait qu’Arnaud Montebourg ait désormais les mains libres peut laisser penser qu’il pourrait fédérer les fondeurs et en prendre la tête en les renforçant, même s’il ne siègera pas à l'Assemblée nationale.
En réalité, le Premier ministre compte sur sa popularité auprès des français même si celle-ci connait une baisse sensible ces derniers temps. Il compte aussi sur son tempérament ainsi que sur la maîtrise de sa communication.
Mais jusqu’à quand cela lui permettra-t-il de conserver son leadership politique, d’autant plus que la situation économique et sociale n’est pas au beau fixe ?
Pour répondre à cette question il nous parait utile de mieux connaitre l’anatomie du nouveau gouvernement, que l’on découvrira à travers ses dimensions et sa composition.

1.   DIMENSIONS

Elles sont quantitatives et qualitatives

1.1.   Dimensions quantitatives

1.1.1.   Les effectifs

Durant la campagne présidentielle, le président de la République avait annoncé un gouvernement réduit, construit autour de 15 pôles ministériels. Cet objectif n’a pas été atteint dans le gouvernement Ayrault, mais il l’est semble-t-il dans le gouvernement Valls qui compte 16 ministres de plein exercice, 16 pôles ministériels. Dans le deuxième gouvernement Valls les résultats sont identiques.
Mais, si l’on tient compte de l’ensemble des membres du gouvernement on est loin de cet objectif.
Ce thème de la limitation du nombre de ministres n’était pas nouveau, puisqu’il est apparu en France au lendemain des événements du 6 février 1934. C’est, André Tardieu qui, dans le cadre de la « réforme de l’Etat » qu’il appelait de ses vœux, a formulé le souhait que le nombre de ministres fût limité à six.
Mais aucun gouvernement n’a pu atteindre cet objectif. Sous la Cinquième République, les gouvernements les plus resserrés ont été les gouvernements Fillon 1 avec 20 membres, Pompidou 2 et Jospin 1, avec 26 membres, suivis par les gouvernements Debré (26), Pompidou 3 (27) et Pompidou 1, Pompidou 4, Messmer 3, Balladur. Les années 1974 à 1993 ont été des périodes de forte croissance des gouvernements, avec un record de 49 membres pour le gouvernement Rocard II, 45 membres pour les gouvernements Mauroy 2 et Cresson et 42 pour les gouvernements Mauroy 1, Mauroy 3 et Fabius ; plus récemment encore, il y avait 42 membres dans le gouvernement Juppé 1 et 43 membres dans le gouvernement Raffarin 3.
Sur l’ensemble de la Ve République, la moyenne s’établit à 35 membres par gouvernement. Avec 30 membres, le gouvernement Valls 1 se classe relativement bien et l’on peut dire qu’il est effectivement resserré, quant au gouvernement Valls 2 ses effectifs ont légèrement augmentés (33 membres), il se rapproche de la moyenne de la Cinquième, mais fait mieux que son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault (38 membres).


TotalMinistres d'ÉtatMinistresMinistres déléguésSecrétaires d'ÉtatHaut -commissaire
Gouvernement Fillon 120114-41
Gouvernement Pompidou 22541614-
Gouvernement Jospin26-14210-
Gouvernement Debré2641516-
Gouvernement Pompidou 42751516-
Gouvernement Pompidou 327313110-
Gouvernement Raffarin 127-1566-
Gouvernement Pompidou 12851427-
Gouvernement Messmer 328312-13-
Gouvernement Balladur294196--
Gouvernement Messmer 129214310-
Gouvernement Couve d Mur30412212-
Gouvernement Fillon 33021378-
GOUVERNEMENT VALLS 130-16-14-
Gouvernement De Villepin3111515--
Gouvernement Juppé 232-16115-
GOUVERNEMENT VALLS 233
16
17
Gouvernement Ayrault 134-18160-
Gouvernement Barre 135313118-
Gouvernement Barre 337-19-18-
Gouvernement Messmer 237-21-16-
Gouvernement Chaban- D38313220-
Gouvernement Fillon 2382153171
Gouvernement Ayrault 2380201800
Gouvernement Raffarin 238-151112-
Gouvernement Barre 239-13125-
Gouvernement Bérégovoy41317615-
Gouvernement Rocard 141414815-
Gouvernement Fabius42115620-
Gouvernement Mauroy 342-14820-
Gouvernement Juppé 142-26214-
Gouvernement Mauroy 142519612-
Gouvernement Mauroy 2 4352189-
Gouvernement Raffarin 3431161313-
Gouvernement Cresson 455141016-
Gouvernement Chirac 1451-1421-
Gouvernement Chirac 246113851
Gouvernement Rocard 2 494171117-
Source : Politiquemania. Les chiffres ne tiennent pas compte de la présence du Premier ministre

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1.1.2.   La durée

Il peut paraître surprenant de parler de la durée du gouvernement, alors même que celui-ci vient d’être nommé. Mais il faut remarquer qu’il succède à un gouvernement conduit par le même homme qui n’a duré que 147 jours. Ce qui est presque un record si l’on ne tient pas compte des gouvernements formés entre les élections présidentielles et législatives et du gouvernement Messmer 3 interrompu par le décès de Georges Pompidou.
Au mieux ce gouvernement ira jusqu’au terme du quinquennat, c’est-à-dire qu’il durerait 983 jours. Mais, on sait que la majorité est fragile et qu’elle pourrait faire défaut, dans ce cas la durée de vie de ce gouvernement pourrait être plus courte encore.

Durée de vie des gouvernements

Nbre de jours
Gouvernement Jospin 1 799
Gouvernement Fillon 2 1244
Gouvernement Debré 1 192
Gouvernement Pompidou 2 1 137
Gouvernement Barre 3 1 136
Gouvernement Chaban-Delmas 1 111
Gouvernement Rocard 2 1 056
Gouvernement Chirac 1 821
Gouvernement Chirac 2 782
Gouvernement Balladur 773
Gouvernement De Villepin 712
Gouvernement Raffarin 2 652
Gouvernement Ayrault 2 652
Gouvernement Mauroy 2 638
Gouvernement Fabius 611
Gouvernement Juppé 2 573
Gouvernement Fillon 3 543
Gouvernement Mauroy 3 483
Gouvernement Pompidou 4 461
Gouvernement Pompidou 3 448
Gouvernement Raffarin 3 427
Gouvernement Barre 2 367
Gouvernement Bérégovoy 361
Gouvernement Couve De Murville 345
Gouvernement Messmer 2 331
Gouvernement Cresson 323
Gouvernement Messmer 1 266
Gouvernement Pompidou 1 228
Gouvernement Barre 1 216
Gouvernement Juppé 1 174
Gouvernement Valls 1147
Gouvernement Messmer 3 89
Gouvernement Rocard 1 43
Gouvernement Raffarin 1 42
Gouvernement Ayrault 1 34
Gouvernement Mauroy 1 32
Gouvernement Fillon 1 32

Source : Politiquemania

1.2.   Dimension qualitative

Au sein du gouvernement, les différents ministres ont un statut différent et des périmètres variables.

1.2.1.   Le statut des différents ministères

Le gouvernement Valls 2 comme le gouvernement Valls 1 ne comprennent ni ministres d’État, ni ministres délégués, mais seulement des ministres de plein exercice et des secrétaires d’État.


Fillon 1
17 mai 2007

Fillon 2
19 juin 2007

Fillon 3
13 nov 2010

Fillon 3
27 fév 2011

Fillon 3
29 mai 2011

Fillon
29 juin 2011

Ayrault
6 mai 2012

Ayrault 2 juin 2012

Valls 1
1avril 2014

Valls 2
27 août 2014

Premier ministre1111111111
Ministres d’État1222110000
Ministres14151313141518201616
Ministres délégués037778161800
Secrétaires d’État4178879001417
Haut-commissaire1100000000
TOTAL21393131303435393134

François Hollande n’a nommé aucun ministre d’Etat dans le gouvernement Ayrault, ni dans les gouvernements Valls. On peut s’étonner de ce que Laurent Fabius n’ait pas été nommé Ministre d’Etat, alors qu’il a joué un rôle important dans les gouvernements précédents à la tête de la diplomatie française. De plus, son passé politique, (ancien Premier ministre, ancien ministre, ancien président de l’Assemblée nationale) plaidait évidement en faveur d’une telle promotion.

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Les ministres de plein exercice, constituent la catégorie la plus nombreuse. Ils sont à la tête d’un département ministériel, c’est à dire une administration formée de services centraux et déconcentrés.
Sous la Cinquième République, leur nombre a varié entre 21 dans le gouvernement Mauroy et 14 dans le gouvernement Fillon 1. François Hollande avait promis 15 pôles ministériels, finalement il y en a 16, parité oblige.
Si le gouvernement Valls 1 devait être un « gouvernement de combat » le gouvernement Valls 2 sera selon le Président de la République «  un gouvernement de clarté sur la ligne, les comportements, la composition et la majorité ». Contrairement à ce que l’on pouvait penser, cela ne s’est pas traduit par un resserrement des effectifs, puisque si les ministres de plein exercice restent au même niveau, les secrétaires d’Etat sont plus nombreux. Mais, comme dans le gouvernement précédent, il n’y a pas de ministres délégués, cette mesure permet de réunir un Conseil des ministres aux dimensions réduite aux effectifs des seuls ministres de plein exercice. De ce fait, le Conseil peut devenir un organe stratégique au sein duquel les ministres peuvent échanger et ainsi éviter dans la mesure du possible les « couacs » si nombreux sous les gouvernements précédents. D’ailleurs le Premier ministre a rappelé lors du premier Conseil des ministres les trois grands principes qui doivent encadrer l’action et la communication des membres du gouvernement à savoir : la clarté, la collégialité, l’efficacité. En cela il reprend dans ses grandes lignes ce qu’il énonçait dans une communication relative à la méthode de travail du gouvernement présentée lors du premier Conseil des ministres de son précédent gouvernement.
Les secrétaires d'Etat forment une catégorie dont l’origine remonte à la IIIe République où ils portaient le titre de sous-secrétaire d’État.
Ils reçoivent des instructions du ministre auprès duquel ils sont nommés. Ils n’ont pas autorité sur leurs services dont ils ont seulement la disposition. Ils ne peuvent contresigner seuls les décrets qui concernent leurs compétences, surtout, ils n’assistent pas aux délibérations du Conseil des ministres sauf s’ils sont invités. Dans les gouvernements Fillon, leur nombre était de 4 au départ, il est passé à 17 dans le deuxième gouvernement Fillon. Par la suite il a oscillé entre 7 et 9.
Les gouvernements Ayrault ne comptaient aucun secrétaire d’Etat ce qui est extrêmement rare. Seuls deux gouvernements, celui de Dominique de Villepin et celui d’Edouard Balladur étaient dans cette situation. Cela s’explique sans doute par le fait que le nombre de ministres délégués y étaient à l’inverse le plus important.
Dans le gouvernement Valls 1, 14 secrétaires d’Etat avaient été nommé le 9 avril, soit 7 jours après la nomination des ministres pour sans doute souligner l’existence et l’importance de son noyau dur, celui formé par les 16 ministres pleins.
Dans le second gouvernement Valls, le nombre de secrétaires d’Etat passe de 14 à 17, ils ont été nommés en même temps que les ministres.

Secretaires-Etat.PNG

GOUVERNEMENT DE MANUEL VALLS 2
Manuel Valls, Premier ministre
Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement
Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat chargé de la réforme de l'Etat et de la simplification
Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international

Harlem Désir, Secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes
Annick Girardin, Secrétaire d’Etat chargée du développement et de la francophonie
Thomas Thévenoud, Secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger

Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie
Alain Vidalies, Secrétaire d’Etat chargé des transports, de la mer et de la pêche
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche
Geneviève Fioraso, Secrétaire d’Etat chargée de l'enseignement supérieur et de la recherche
Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice
Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics
Christian Eckert, Secrétaire d’Etat chargé du budget
Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense
Kader Arif, chargé des anciens combattants et de la mémoire
Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
Laurence Rossignol, Secrétaire d’Etat chargée de la famille, des personnes âgées et de l'autonomie
Ségolène Neuville, Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion
Pascale Boistard, Secrétaire d’Etat chargée des droits des femmes
François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur
Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement
Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique

Carole Delga, Secrétaire d’Etat chargée du commerce, de l'artisanat, de la consommation et de l'économie sociale et solidaire
Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat chargée du numérique

Sylvia Pinel, ministre du logement, de l'égalité des territoires et de la ruralité
Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique
André Vallini, Secrétaire d’Etat chargé de la réforme territoriale
Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication
Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports
Myriam El Khomri Secrétaire d’Etat, chargée de la politique de la ville
Thierry Braillard, Secrétaire d’Etat, chargé des sports
George Pau-Langevin, ministre des outre-mer
Entrent dans le gouvernement Valls 2Entrent dans le gouvernement Valls 1
1-Emmanuel Macron1-Ségolène Royal
2-Patrick Kanner2- François Rebsamen
3-Pascale Boistard3- Jean-Marie Le Guen
4-Thomas Thévenoud4-Harlem Désir
5- Alain Vidalies5- Christian Eckert

6- Axelle Lemaire

7- Laurence Rossignol

8- Ségolène Neuville

9- Thierry Braillard

10- André Vallini
Quittent le gouvernement Valls 1Quittent le gouvernement Ayrault
1- Arnault Montebourg1-Pierre Moscovici
2- Benoit Hamon2-Vincent Peillon
3- Aurélie Filippetti3- Cécile Duflot
4- Frédéric Cuvillier4-Valérie Fourneyron

5-Kader Arif

6- Nicole Bricq

7-Michèle Delaunay

8-Dominique Bertinotti

9-Marie-Arlette Carlotti

10- Victorin Lurel

11-François Lamy

12-Thierry Repentin

13-Guillaume Garot

14- Anne-Marie Escoffier

15-Alain Vidalies

16-Yamina Benguigui

17-Pascal Canfin

18-Hélène Conway-Mouret

1.2.2.   Le périmètre des différents ministères

Dans l’ensemble, les périmètres des différents ministères ne changent pas. Mais, deux ministres qui faisaient partie du précédent gouvernement se retrouvent à nouveau dans le celui-ci, avec des attributions renforcées.
Il s’agit de Najat Vallaud-Belkacem, qui, de ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports devient ministre de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, poste évidemment important et détenu pour la première fois par une femme. La deuxième ministre promue est Fleur Pellerin. Dans le gouvernement Ayrault elle avait occupé un poste de ministre délégué chargé du numérique puis dans le premier gouvernement Valls elle avait été nommé secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger. Dans le nouveau gouvernement, elle accède à un poste de ministre. Elle est chargée de la culture et de la communication.
Quant à Laurent Fabius, il reste le numéro 1 du gouvernement dans l’ordre protocolaire, il reste au quai d’Orsay, avec ses attributions qui avaient été élargies dans le gouvernement précédent au « Développement international ». Ce qui concrètement signifie qu’il hérite du « Commerce extérieur » et de la « promotion du tourisme ».
Le départ d’Arnaud Montebourg, posait la question de Bercy. Fallait-il confier l’ensemble à un seul ministre en l’occurrence Michel Sapin ou nommer un titulaire pour l’économie et poursuivre ainsi dans la voie classique de deux ministres.
La question se posait d’autant plus que dans le gouvernement Ayrault, on avait beaucoup raillé la présence à Bercy de sept ministres, trois de plein exercice et quatre ministres délégués. Dans ces conditions, il ne pouvait pas y avoir de « patron » dans ce qui est la citadelle de l’économie et des finances.
Dans le gouvernement actuel, le nombre de ministres a diminué, puisqu’il ne reste plus que deux ministres de plein exercice à Bercy et trois secrétaires d’Etat comme dans le gouvernement Valls 1. On est semble-t-il revenu à un schéma traditionnel, du moins ces dernières années, celles qui précèdent le gouvernement Ayrault.

Bercy dans le gouvernement Valls 2
Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics
Christian Eckert, Secrétaire d’Etat chargé du budget
Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique

Carole Delga, Secrétaire d’Etat chargée du commerce, de l'artisanat, de la consommation et de l'économie sociale et solidaire
Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat chargée du numérique

Depuis le début de la Cinquième République, le ministère de l’Economie et des Finances a constitué une véritable forteresse administrative et politique. Celle-ci a été construite autour d’un ministre de plein exercice et d’un secrétaire d’Etat chargé du budget.
La forteresse sera renforcée par Raymond Barre dans ses deux premiers gouvernements puisqu’il assurera lui-même en tant que Premier ministre la direction de ce ministère, aidé par un ministre délégué à l’économie et aux finances et un secrétaire d’Etat au budget.
Mais dans son troisième gouvernement, Raymond Barre reviendra sur cette organisation en mettant en place deux ministres de plein exercice, l’un chargé de l’économie, l’autre chargé du budget.
Cette formule sera par la suite oubliée - elle ne réapparaîtra qu’à deux occasions dans les gouvernements Bérégovoy, puis Balladur - avant de devenir à nouveau la règle dans le gouvernement Fillon.
L’Industrie qui a été rattachée au ministère de l’Economie et des Finances par Dominique Strauss-Kahn en 1997 pour bâtir une « machine » étatique ayant tous les moyens de soutenir l’économie, sur le modèle de l’ancien MITI japonais, a été un temps détachée auprès du ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables puis réintégrée.
Manuel Valls reprend ce schéma dans ces grandes lignes. Il y a désormais deux ministres de plein exercice à Bercy : le premier dans l’ordre protocolaire est Michel Sapin, il prend en charge les finances et les comptes publics avec le concours d’un secrétaire d’Etat, Christian Eckert, chargé du Budget. De ce côté rien ne change par rapport à Valls 1 L’autre ministre plein est Emmanuel Macron, de qui relève, l’économie, l’industrie et le numérique, ce dernier secteur étant confié à une secrétaire d’Etat : Axelle Lemaire. Une autre Secrétaire d’Etat, Carole Delga est chargée du Commerce, de l’Artisanat, de l’Economie sociale et solidaire. Le modèle du MITI japonais semble donc renaître.
L’arrivée à Bercy d’Emmanuel Macron a été soulignée par la plupart des observateurs dans la mesure où elle traduit avec force la volonté de persister et de développer la politique économique que critiquait Arnault Montebourg. Cette politique du « Pacte de responsabilité et de solidarité» dont Emmanuel Macron avait été l’architecte en tant que Secrétaire général adjoint de François Hollande à l’Elysée.

2.   COMPOSITION

De manière générale, la composition des gouvernements tient compte de subtils équilibres politiques, géographiques et sociologiques, c’est également le cas dans le nouveau gouvernement de Manuel Valls.

2.1.   Composition politique

2.1.1. L’appartenance politique

Les socialistes sont évidemment bien représentés dans le gouvernement puisqu’ils sont au nombre de 30 sur 34 soit 88,23%, c’est-à-dire la même proportion que dans le premier gouvernement Valls. Les quatre autres ministres sont des radicaux de gauche. Les écologistes ne sont font pas partie du gouvernement conformément à ce qu’ils avaient annoncé. Parmi les socialistes, toutes les sensibilités internes sont présentes.

PS : 30PRG : 4
HOLLANDEVALLSMONTEBOURGROYALAUBRYAUTRES
10212844
J-Y Le DrianM.VALLST. ThévenoudS. RoyalL. FabiusC EckertC. Taubira
S. Le FollJ-M. Le Guen
N.V.-BelkacemB. HamonS. NeuvilleS. Pinel
Michel Sapin


M. LebranchuA. LemaireA. Girardin
M. Touraine


P. KannerPau-LangevinT. Braillard
F. Pellerin


B.Cazeneuve

Kader Arif


H. Désir

G. Fioraso


L. Rossignol

F. Rebsamen


M. El Khomri

A .Vallini





E. Macron





Le Premier ministre ne dispose pratiquement pas d’alliés au sein de son propre gouvernement.
Il avait échoué, en avril dernier, à faire entrer ses proches au sein d’un gouvernement où les proches du Président de la République occupaient déjà et occupent toujours aujourd’hui des postes clés – Michel Sapin aux Finances, Jean-Yves Le Drian à la Défense, François Rebsamen au Travail, Stéphane Le Foll à l’Agriculture, etc.
Cette fois-ci encore, il n’a pas pu confier des responsabilités à ses soutiens comme le député de l’Essonne Carlos Da Silva, ou encore le sénateur-maire d’Alfortville Luc Carvounas ou le député et président de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, qui était déjà pressenti à l’Intérieur au printemps dernier.
Seul, Jean Marie Le Guen, qui après la disparition politique de DSK s’était rapproché de Manuel Valls, a été nommé secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, un poste qu’il occupait déjà dans le premier gouvernement Valls.
Finalement, Manuel Valls s’était allié à Arnault Montebourg et à Benoit Hamon pour écarter Jean-Marc Ayrault. Cette alliance de circonstance, politiquement assez contre nature (aile droite et aile gauche du PS) a éclaté plus tôt que prévu.

2.1.2.   La pratique politique

Sur ce plan, on remarquera le nombre extrêmement important d’anciens ministres. Puisque, sur les 34 membres du gouvernement, 28 ont une expérience ministérielle soit 82,35%. Sur les 28, 27 faisaient partie du précédent gouvernement et du gouvernement Ayrault 1, un seul a fait seulement partie du gouvernement Ayrault, il s’agit d’Alain Vidalies.
Seuls cinq ministres ont exercé de telles fonctions dans des gouvernements antérieurs à 2012, il s’agit de Laurent Fabius qui de plus a été Premier ministre, Michel Sapin, Marylise Lebranchu, Jean-Yves Le Drian et Ségolène Royal.


MinistresDéputésSénateurs

Députés
Européens

Pt De Conseil
régional

Pt De Conseil
Grénéral

VALLS 22827323-
VALLS 120263333
AYRAULT 25194422
AYRAULT 15181422
Mandats exercés par les membres du gouvernement avant leur prise de fonction

Tous à l’exception de Fleur Pellerin, de Myriam El Khomri, de Patrick Kanner et surtout d’Emanuel Macron ont exercé un mandat parlementaire, vingt-sept celui de député, et trois celui de sénateur, deux, celui de député européen.
Certains ont dirigé des exécutifs locaux qu’il s’agisse de la présidence de Conseil régionaux (Ségolène Royal en Poitou-Charentes, Jean-Yves Le Drian en Bretagne, Michel Sapin dans le Centre) d’autres ont présidé des Conseils Généraux (Marisol Touraine en Indre-et- Loire, André Vallini en Isère et Patrick Kanner, un nouvel entrant, dans le Nord).
D’autres ont exercé des responsabilités importantes au Parlement (Laurent Fabius a présidé l'Assemblée nationale, Christian Eckert a exercé les fonctions de Rapporteur général du Budget au sein de la Commission des finances de l'Assemblée nationale).Bon nombre ont été maires ou membre de Conseil généraux ou régionaux.

2.3.   Composition géographique

L’implantation géographique des ministres est un élément souvent pris en compte lors de la formation d’un gouvernement. Si ses membres sont des ministres de la République, ils n’en sont pas moins, dans la réalité, représentants de leurs anciens électeurs, de leurs départements, voire de leurs régions.
Ce qui frappe au premier abord, c’est la surreprésentation de la région parisienne puisque 7 ministres contre 5 précédemment sont issus de la région Ile-de-France soit 20,58% contre 16,66 %. Alors qu’ils étaient 25 % dans le gouvernement Ayrault. Plus précisément, les franciliens sont tous issus de Paris Les départements de l’Essonne, de Seine- Saint- Denis et de Seine et Marne n’étaient déjà plus représentés dans le premier gouvernement Valls, désormais les Yvelines ne le sont plus.
De manière plus générale, il faut souligner que 16 régions sont représentées, comme dans le gouvernement précédent, contre 18 dans le gouvernement Ayrault. Cela s’explique bien sûr par la réduction du nombre de ministres dans le premier gouvernement Valls et par la concentration dans la région parisienne pour le gouvernement actuel.

RÉGIONSDÉPARTEMENTS
ÎLE-DE-FRANCE : 7Paris : 7 ;
RHÔNE-ALPES : 4Isère : 2 ; Rhône : 2 
BOURGOGNE : 2Côte d’Or : 1 ; Saône et Loire : 1
BRETAGNE : 2Finistère : Morbihan : 2
CENTRE : 2Indre : 1 ; Indre et Loire : 1
HAUTE-NORMANDIE : 1Seine-Maritime : 1 ;
LORRAINE : 1Meurthe et Moselle : 1
MIDI-PYRENES : 4Haute-Garonne 3 ; Tarn-et-Garonne 1 
BASSE-NORMANDIE : 1Manche : 1
GUYANNE : 1Guyane : 1
LANGUEDOC-ROUSSILLON :1Pyrénées- Orientales : 1
NORD-PAS-DE-CALAIS : 3Nord : 2 ; Pas de Calais : 1
PAYS-DE-LOIRE : 1Sarthe : 1 ;
PICARDIE : 1Oise : 1
POITOU-CHARENTES : 1Deux-Sèvres : 1
SAINT PIERRE ET MIQUELON : 1
ETRANGER : 1UK : 1

2.3.   Composition sociologique

2.3.1   L’âge

Le Premier ministre a 51 ans et demi. Il est juste en dessous de la moyenne qui est de 53 ans et demi. La moyenne d'âge du gouvernement Valls est de 53 ans, en incluant le Premier ministre. Elle est dans le même ordre de grandeur que les précédents gouvernements, 52,4 ans pour le gouvernement Ayrault 1, 53,14 pour le gouvernement Fillon 1 et 53,23 pour le gouvernement Fillon 3. Quant au gouvernement Ayrault 2 sa moyenne d’âge était de 53,17.
Sa benjamine n’est plus Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’éducation, mais Myriam El Khomri qui a 36 ans, Emmanuel Macron, Sylvia Pinel et Najat Vallaud-Belkacem ont 37 ans, Alex Lemaire, 39 ans. Les moins de 40 ans sont donc plus nombreux que dans le gouvernement précédent (14,7% contre 9,6%), mais toujours moins nombreux que dans le gouvernement Ayrault (14 % contre 17,9%)
Les plus âgés (60 ans et plus) sont au nombre de 10, un de plus (Alain Vidalies) que précédemment, le doyen est toujours Laurent Fabius avec 68 ans, alors qu’il avait été le Premier ministre le plus jeune de la Cinquième République sous François Mitterrand. Les séniors sont moins nombreux que dans le gouvernement Ayrault 2 (29,4% contre 35,8%).

Age des premiers ministres lors de leur première nomination
Laurent Fabius 37 ans 10 mois 28 jours
Jacques Chirac 41 ans 5 mois 29 jour
Michel Debré 46 ans 11 mois 25 jours
Alain Juppé 49 ans 9 mois 3 jours
Georges Pompidou 50 ans 9 mois 10 jours
Dominique de Villepin 51 ans 6 mois 20 jours
Manuel VALLS51 ans 7 mois 19 jours
Raymond Barre 52 ans 4 mois 14 jours
Pierre Mauroy 52 ans 10 mois 17 jours
François Fillon 53 ans 2 mois 14 jours
Jean-Pierre Raffarin 53 ans 9 mois 4 jours
Jacques Chaban-Delmas 54 ans 3 mois 14 jours
Pierre Messmer 56 ans 3 mois 16 jours
Édith Cresson 57 ans 3 mois 19 jours
Michel Rocard 57 ans 8 mois 18 jours
Lionel Jospin 59 ans 10 mois 22 jours
Maurice Couve de Murville 61 ans 5 mois 17 jours
Jean-Marc Ayrault 62 ans 3 mois 21 jours
Édouard Balladur 63 ans 10 mois 28 jours
Pierre Bérégovoy 66 ans 4 mois 11 jours
Source : Politiquemania

FEMMESHOMMESTOTAL

Ayrault 1Ayrault 2Valls 1Valls 2Ayrault 1Ayrault 2Valls 1Valls 2Ayrault 1Ayrault 2Valls 1Valls 2
30-3911346601

7

20%

7

17,9%

3

9,6%

5

14,7%

40-4934240141

3

8,52%

5

12,8%

6

19,3%

5

14,7%

50-59774456910

12

34,28%

13

33,3%

13

41,9%

14

41,1%

60 et plus77446756

13

37,14%

14

35,8%

9

29%

10

29,4%

2.3.2   La parité

La parité n’est plus strictement respectée. Certes parmi les ministres elle l’est puisque l’on compte 8 hommes et 8 femmes. Mais parmi les secrétaires d’Etat elle ne l’est pas dans la mesure où l’on dénombre 9 hommes et 8 femmes. Cette rupture de la parité à ce niveau date de la nomination de Thierry Mandon comme secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, le 3 juin 2014. La parité est encore moins respectée au niveau global, c’est-à-dire, si l’on tient compte du Premier ministre.

De même, comme dans les deux gouvernements précédents plusieurs grands ministères reviennent à des femmes : Christiane Taubira est toujours à la Justice, Marisol Touraine toujours aux Affaires sociales et à la Santé, et Marylise Lebranchu toujours à la Réforme de l’État, à la Décentralisation et à la Fonction publique. Il faut souligner la promotion de deux femmes à des postes importants : Najat Vallaud-Belkacem à l’Education nationale, c’est la première fois qu’une femme occupe ce poste et Fleur Pellerin à la Culture et à la communication. Mais la majorité des gros ministères reviennent à des hommes : Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Michel Sapin aux Finances, Emmanuel Macron à l’Economie, Bernard Rebsamen au Travail, et Jean-Yves Le Drian à la Défense…


Fillon 1

17 mai 2007

Fillon 2
19 juin  2007

Fillon 3
13 nov   2010

Ayraut 1
16 mai   2012

Ayrault 2
21 juin 2012

VALLS
1 avril 2014

VALLS 2
26 août 2014

Premier ministre0000000
Ministres d’Etat0

1

50%

1

50%

0000
Ministres

7

33,33%

3

21,42%

5

38,46 %

9

50%

11

50%

8          50%8          50%
Ministres délégués002               28,57 %

8

50%

8

50%

00
Secrétaires d’Etat0

9

47,36%

3

37,50%

00

7
      
50%

8          
47%

Haut- commissaire0000000
TOTAL

7

33,33%

13

33,33%

11

35,48%

17

48,57%

19

48,7%

15

48,38%

16

47,05%

Importance des femmes dans les gouvernements, en tenant compte du Premier ministre

2.3.3.   La diversité

Elle est présente dans ce gouvernement. A l'image de la guyanaise Christiane Taubira, mais aussi de la parisienne George Pau-Langevin, originaire de Guadeloupe, de la Lyonnaise Najat Vallaud-Belkacem, née au Maroc, ou de la Montreuilloise Fleur Pellerin, née en Corée du Sud et de Myriam El Khomri née au Maroc également.
Lors de son discours de politique générale en avril dernier, le Premier ministre avait insisté sur le fait que né en Espagne, il est devenu français à vingt ans.

2.3.4.   L’origine professionnelle

Contrairement à la plupart des Premiers ministres, Manuel Valls n’appartient pas à la fonction publique. Comme François Fillon, le nouveau Premier ministre a fait une carrière d’attaché parlementaire avant d’entrer véritablement en politique.
Dans le gouvernement, les catégories les plus représentées sont, les fonctionnaires au sens large (24 sur 34 soit 70,58% contre 70,96% dans le gouvernement Valls 1). Parmi ceux-ci, les enseignants constituent 23,52% des membres du gouvernement contre 23,33% précédemment et les cadres de la fonction publique, 32,35% contre 33,33%.
Au sein des cadres du public on dénombre 4 ministres issus des grands corps de l’Etat, soit un de plus. Deux viennent du Conseil d’Etat (L. Fabius et M. Touraine), une de la Cour des comptes (F. Pellerin), un de l’Inspection général des finances (Macron).
On dénombre également un médecin hospitalier (S. Neuville). Parmi les enseignants deux sont d’anciens universitaires (J.-Y. Le Drian et Patrick Kanner) et quatre sont des professeurs du secondaire. Bien sûr on trouve également des avocats au nombre de cinq et un médecin libéral.

CatégorieProfessionNomAyraultValls 1Valls 2
Professions libérales

466

AvocatsPau-Langevin ; Cazeneuve; Vallini; Braillard; Vidalies455

MédecinLe Guen
11

Cadres secteur
privé


Vallaud-Belkacem; Desir; Arif;633
Cadres secteur public

91011

Grands corpsFabius ; Touraine ;      Pellerin ; Macron434

AutreSapin ; Royal ; Lebranchu; Rebsamen; Girardin ; Delga256

Médecin hospitalierNeuville321
Enseignants

978

UniversitaireLe Drian ; Kanner; Thévenoud423

Enseignant 2°et 1° degréTaubira ; Fioraso ; Le Foll ; Eckert654

Politiques (Cabinet,
attaché parlementaire etc...)

Valls ;      Pinel ;      Rossignol; Boistard; El Khomri755
Divers
100

2.3.5.   Etudes

Le niveau d’étude des ministres est relativement élevé comme en témoigne le tableau ci-dessous.

UNIVERSITES*GRANDES ECOLES

Licence/

maitrise

DEA ; DESS ;AgrégationDoctoratIEP ParisESSECNormale SupENA
122219135

Contrairement à bon nombre de Premiers ministres de la Cinquième, (8 sur 21) Manuel Valls n’est pas passé par l’Ecole nationale d’administration (ENA) ou par une autre grande école (Normale supérieure, HEC etc..). Manuel Valls a fait des études universitaires. Il a obtenu à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne une licence d'histoire en 1986. De ce point de vue il est dans la ligne de ses immédiats prédécesseurs : Ayrault et Fillon qui n’ont fait que des études universitaires au niveau de la licence/maîtrise pour le premier et du DEA pour le second.


ÉTUDESPROFESSIONMANDAT PARLEMENTAIREEXPÉRIENCE MINISTÉRIELLE
1-Michel DEBREDroit, concours CEConseiller d’EtatSénateurOUI sous la IVe
2-Georges POMPIDOUNormale Supérieure, Agrégé de LettresProfesseur ; Banquier ; Conseiller d’Etat--
3-M. C. de MURVILLEConcours de l’Inspection des FinancesInspecteur des Finances--
4-J. CHABAN-DELMASSciences PoInspecteur des FinancesDéputéOUI sous la IVe
5-Pierre MESSMEREcole nationale de la France d’Outre-MerHaut fonctionnaire-OUI
6-Jacques CHIRACENACour des ComptesDéputéOUI
7-Raymond BARREAgrégé de sciences écoProfesseur des Universités-OUI
8-Pierre MAUROYEcole normale d’instituteurProfesseur enseignement techniqueDéputéNON
9-Laurent FABIUSENAConseil d’EtatDéputéOUI
10-Jacques CHIRACENACour des ComptesDéputéPremier ministre
11-Michel ROCARDENAInspecteur des financesDéputéOUI
12-Edith CRESSONHECIngénieur économiqueDéputéOUI
13-Pierre BEREGOVOYCAPFraiseur-OUI
14-Edouard BALLADURENAConseil d’Etat ; Dirigeant sociétéDéputéOUI
15-Alain JUPPEENAInspecteur des financesDéputéOUI
16-Lionel JOSPINENADiplomatie ; EnseignementDéputéOUI
17-J.-P. RAFFARINESCPCadre dans le privéSénateurOUI
18-D. de VILLEPINENADiplomatie-OUI
19-François FILLONDEA droit privéAssistant parlementaireDéputéOUI
20-Jean-Marc AYRAULTCAPES d’allemandProfesseur enseignement secondaireDéputéNON
21- Manuel VALLSMaîtrise histoireAssistant parlementaireDéputéOUI

*

*    *

Si l’anatomie du gouvernement Valls 2 présente les caractéristiques que l’on vient d’analyser, sa physiologie, c’est-à-dire son fonctionnement pose toujours quelques questions.
Pourra-t-il faire passer ses textes à l'Assemblée nationale et donc gouverner ? Sa majorité au sein de cette assemblée est en effet étroite. Il ne peut véritablement s’appuyer que sur le Groupe socialiste qui compte actuellement 290 députés, mais 90 d’entre eux se sont réunis pour signer un contrat, intitulé « Les conditions de la confiance » qui manifestait une certaine distance vis-à-vis du Premier ministre. Il s’agit de parlementaires appartenant à différentes sensibilités : aile gauche, aubrystes, proches du mouvement « Gauche populaire », mais aussi un ou deux proches d'Arnaud Montebourg. Ces « frondeurs » comme on les appelle se sont structurés et comptés lors de l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle à travers l’appel « Vive la Gauche », répliquant ainsi à l’appel des 200 « Ni godillots ni déloyaux ». Cette succession d’appels témoigne du trouble qui règne à l’intérieur du Parti socialiste.
La situation de Manuel Valls fait penser, de ce point de vue, à celle de Michel Rocard de 1988 à 1991 ainsi qu’à celle de ses successeurs, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy. Ces derniers ne disposaient pas d’une majorité absolue à l'Assemblée. Pourtant, ils ont pu gouverner et faire passer leurs projets de loi. A cette fin, en fonction des textes ils construisaient une majorité en gagnant le soutien ou l’abstention d’une partie de la droite ou du centre ou des communistes. Si cela ne suffisait pas, ils recouraient à la procédure de l’article 49.3 de la Constitution, c’est-à-dire à l’engagement de responsabilité du gouvernement sur un texte de loi.
Manuel Valls, qui à l’époque conseillait Michel Rocard se souviendra de tout cela. Le vote sur la déclaration de politique générale du gouvernement (en avril dernier en application de l'article 49, alinéa premier, de la Constitution) a mis en évidence la défection de onze députés socialistes qui se sont abstenus alors que l’essentiel des écologiques votaient pour. Le dernier vote sur la déclaration du gouvernement relative au projet de programme de stabilité pour 2014-2017 (en application de l'article 50-1 de la Constitution) a mis en lumière la défection de quarante et un députés socialistes qui se sont abstenus et le vote contre de tous les écologistes. Fort heureusement, la plupart des centristes se sont eux aussi abstenus, de ce fait la majorité relative a été atteinte. D’autre part, Manuel Valls a réussi à faire passer ses textes financiers en juin dernier.
Le chemin semble identique. Mais le Premier ministre ne pourra pas utiliser la procédure du 49.3 aussi facilement, puisque depuis la révision constitutionnelle de 2008, elle ne peut être mise en œuvre que sur des lois de finances ou de financement de la sécurité sociale et sur un seul autre texte par session. La simple perspective d’une dissolution en cas de blocage pourrait convaincre les plus récalcitrants.
Au fond, cet épisode - quand même unique sous la Cinquième - a permis au Premier ministre de disposer d’un gouvernement plus cohérent et donc en principe plus efficace, mais c’est au prix d’une incohérence plus grande encore au sein de sa majorité parlementaire. Tant que cette incohérence sera maîtrisée, le Premier ministre pourra se maintenir en place, mais qu’adviendra-t-il en cas contraire ?

RF 4 septembre 2014

3.   ANNEXES

3.1.   Décret du 25 Août 2014 relatif à la cessation des fonctions du gouvernement

NOR: HRUX1420333D Lire la suite

3.2.   Décret du 25 Août 2014 portant nomination du Premier Ministre

NOR: HRUX1420361D Lire la suite

3.3.   Décret du 26 Août 2014 relatif à la composition du gouvernement

NOR: HRUX1420442D Lire la suite

  1. ^ Décret du 25 août 2014 relatif à la cessation des fonctions du gouvernement
  2. ^  Décret du 25 août 2014 portant nomination du premier ministre
  3. ^  Cet article a été écrit avant la démission de Thomas Thévenoud le 4 septembre 2014 qui a été remplacé par Matthias Fekl
  4. ^  « C'est lui ou moi ! » « Si tu refuses, ce sera sans moi ! », telles sont les paroles que selon ses proches, Manuel Valls aurait prononcées en s’adressant au Président de la République.
  5. ^  Communiqué de la Présidence de la République du 25 août 2014
  6. ^  Jacques Chirac doit être compté deux fois puisqu’il est le seul Premier ministre à avoir conduit deux Gouvernements à des périodes séparés par de nombreuses années et sous deux Présidents de la République différents.

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Créé le 10/09/2014