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Les concours de la FPT


Dernière mise à jour : décembre 2015

1. Conservation des collections : ce que dit la loi

Nous entendons par conserver le patrimoine en réalité une utopie : celle de préserver les collections physiquement des dégâts commis irrémédiablement par le temps et l’homme comme cela est rappelé dans la loi des musées de France (lien vers fiche missions). Dans l’Antiquité, cette préoccupation existait déjà : les papyrus étaient trempés dans de l’huile de cèdre pour éloigner les insectes.

La conservation c’est donc un ensemble d’action, directe(s) ou indirecte(s) « ayant pour but d’augmenter l’espérance de vie d’un élément ou ensemble d’éléments du patrimoine. » selon la définition de Gaël De Guichen qui « englobe également les activités financières et administratives, y compris les conditions de stockage, les équipements et la formation du personnel ».

La conservation des collections est aussi un long processus que nous divisons traditionnellement en deux étapes : la conservation préventive qui prévient la dégradation et la conservation curative qui intervient sur une dégradation en cours et qui menace l’objet.

Les articles 15 et 16 de la loi des Musées de France précisent les conditions de restauration et de conservation curative des collections labellisées et les servitudes qui s’imposent au propriétaire en matière de conservation de ce patrimoine contrôlé par l’Etat (lien vers fiche statut des collections) : « la conservation ou la sécurité d’un bien faisant partie d’une collection d’un musée de France est mise en péril et que le propriétaire de cette collection ne veut ou ne peut prendre immédiatement les mesures jugées nécessaires par l’Etat, celui-ci peut, par décision motivée, prise après avis du Haut Conseil des musées de France, mettre en demeure le propriétaire de prendre toutes dispositions pour remédier à cette situation ». (…) Le propriétaire et l’Etat contribuent aux frais occasionnés par la mise-en-œuvre des mesures prises en vertu du présent article, sans que la contribution de l’Etat puisse excéder 50 % de leur montant ».

2. Conservation préventive : mieux vaut prévenir que guérir

La conservation préventive a connu son essor dans les années 80 en France, lorsque les professionnels ont pris en compte les coûts engendrés par les négligences portées sur les collections et l’irréversibilité des dégradations conséquentes à cette mauvaise gestion (un restaurateur, aussi bon fusse-t-il, ne peut redonner à un objet abîmé son intégrité d’origine). Fort de ce constat, les professionnels du patrimoine ont décidé d’éviter par la prévention des actions curatives sur le patrimoine dont ils ont la charge. Comprendre les processus de dégradations des objets en fonction de leur environnement leur est devenu indispensable. De connaisseur scientifique des collections, les équipes des musées sont devenu garant de cette conservation précautionneuse, devant s’accompagner de professionnels spécialisés appréhendant ces phénomènes physicochimiques ou biologiques (régisseurs, restaurateurs…).

La conservation préventive nous invite donc à penser de manière englobante, c’est-à-dire en terme de collection et non plus d’objet, à penser « bâtiment » et non plus salle, à penser moyen et long terme et non plus journée, à penser « équipe » et non plus individu …. Bref, comme le rappel le guide de conservation préventive du C2RMF à penser large et non plus étroit.

Limiter la dégradation naturelle ou accidentelle des collections est une affaire complexe portant sur de nombreux paramètres tels le contrôle de l’environnement direct de l’objet, la formation des personnes le manipulant, l’organisation rationnel du lieu de stockage…

Les dégradations les plus radicales sont les disparitions (destruction définitive par incendie) ou temporaires (vol). Du coup, la prévention du vandalisme, de l’incendie, de l’inondation et de tous les sinistres ou activités malveillantes doivent être incluses dans le plan de conservation préventive de l’établissement.

Nous débutons donc cette fiche par la gestion des sinistres pour finaliser par les paramètres anthropiques, biologiques et physicochimiques à prendre en compte en passant par le diagnostic des lieux d’accueil des collections.

2.1. Les acteurs de la conservation préventive

Pour mettre en place les procédures efficaces pour assurer la sauvegarde des collections, le personnel du musée doit engager un dialogue permanent entre les chercheurs, les conservateurs et les restaurateurs. La documentation étant foisonnante, consulter des professionnels est vivement recommandé :

2.1.1. Le responsable scientifique des collections

Il procède au diagnostic général où il repère de risques qui pèsent sur les collections (environnement naturel et anthropique, sécurité et sûreté des collections, état des conditionnements…). Ce travail d’équipe se fait à l’échelle de l’établissement, de l’agent d’entretien au conservateur, en passant par les administratifs, les techniciens ou les agents de surveillance… Dans les grands musées, elle implique particulièrement le régisseur des collections (lien vers partie régie).

2.1.2. Les services de l’Etat

Par ailleurs, selon la loi du 4 janvier 2002 des « musées de France », la sous-direction des Musées de France assure le contrôle scientifique et technique de l’Etat, doublé d’une assistance technique permanente, sur l’ensemble des Musées de France. Elle est relayée par l’Inspection Générale des Musées et le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France qui agissent en collaboration.

Dans les Directions Régionales des Affaires Culturelles, les conseillers pour les musées jouent un rôle d’interface entre l’Etat et les Musées de France en région

2.1.3. Le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France

Le C2RMF agit sur tous les fronts, de la recherche à l’archivage de la documentation en passant par des ateliers de restauration et des accompagnements en conservation préventive. Il réunit des conservateurs, des restaurateurs, des ingénieurs spécialisés et des ingénieurs d’étude.

2.1.4. Le restaurateur spécialisé en conservation préventive

Le restaurateur spécialisé en conservation préventive est un des acteurs clé de la conservation préventive : il évalue les situations qui lui sont soumises et rédige un rapport donnant des recommandations techniques ou méthodologiques (climat, lumière, infestation, exposition, rangement ou transfert des collections) ; il peut aider à la rédaction des cahiers des charges. Dans la perspective de la mise en place d’une étude en conservation préventive, du conditionnement ou d’un transfert des collections, ou encore du traitement contre une infestation, il peut accompagner les actions au sein d’un comité de pilotage. Exigeant du temps et des moyens engagés par le musée ou sa tutelle, l’étude en conservation préventive débouche sur un plan en conservation préventive que le responsable des collections s’emploiera ensuite à appliquer.

2.2. Anticiper les sinistres : rédiger un plan d’urgence

La première des préventions est d’anticiper le sinistre en identifiant les risques (diagnostic) puis en partageant au sein de l’équipe un plan d’urgence qui permettra la gestion conservatoire des collections dans le cadre d’un sinistre et des mesures à prendre ensuite pour éviter de nouvelles dégradations. Le plan d’urgence est la synthèse des bons réflexes à avoir en cas de sinistres.

Voici pour exemple quelques « bons réflexes » à adopter :

  • Si un objet est infesté, il faut l’isoler sans tarder (poche scellée, salle de quarantaine…) ;
  • Corrosion : identification de la zone de corrosion active et la neutraliser en modifiant par exemple les conditions hygrométriques via une mise sous sachet hermétique avec dessiccateur ;
  • Anticiper un déménagement d’urgence des collections : lister des personnes qui pourront transférer les œuvres et celles qui pourront les stocker, les ranger avec soin par type de matériaux ; les étiqueter et les repérer ensuite.
  • Les accès aux réserves et salles d’exposition doivent absolument restées dégagés. Certaines portes de secours comportent des systèmes d’ouverture avec fonction antivol. Du matériel d’évacuation (charriots…) doit être disponible en permanence.

2.2.1. Anticiper le risque incendie

Les musées sont des établissements recevant du public (ERP) de type Y, classés en catégories en fonction de la quantité du public reçu. A ce titre, ils sont visités par une commission de sécurité compétente, tous les deux ans pour ceux de la 1ère catégorie et tous les trois ans pour ceux des 2ème, 3ème et 4ème catégories. Un exercice annuel d’évacuation de tout le personnel du musée doit être organisé sous la responsabilité du chef d’établissement.

Chaque membre de l’équipe du musée doit connaitre son rôle en cas d’évacuation incendie : une (discrète) liste des œuvres prioritaires sera établie et connue de l’équipe pour limiter les destructions d’œuvres/spécimens majeurs.

Un bon diagnostic des zones à risque en amont permet réellement de diminuer le risque incendie : faire respecter strictement l’interdiction de fumer, veiller à installer des extincteurs adaptés, interdire tout stockage de produits inflammables hors des armoires de sécurité, installer des détecteurs de fumée, faire vérifier par les services compétents le système électrique.

Pour les travaux de construction, le choix de matériaux résistant au feu s’impose.

Les moyens d’extinction tels les robinets d’incendie armés (RIA), les extincteurs voire des systèmes automatisés °doivent être adaptés au risque et aux collections à protéger et seront vérifiés régulièrement par des services compétents.

2.2.2. Anticiper le risque inondation

Le premier bon réflexe est de repérer dans le musée tous les emplacements à risques : stockage sous des canalisations d’eau, greniers, caves, étanchéité des fenêtres… Une inspection régulière de ces lieux s’impose. Par ailleurs, poser des objets directement sur le sol est à proscrire.

Ensuite, un plan d’action doit à nouveau être défini : prévoir du matériel d’évacuation, des locaux de stockage pour l’assèchement des matériaux, (en triant ce qui seront séchés rapidement des autres). Avant de remettre les objets dans le lieu du sinistre, son état de salubrité sera vérifié. Le risque d’infestation est réel.

2.2.3. Prévenir le vol et le vandalisme

La première mesure contre le vol reste donc la tenue à jour de l’inventaire des collections avec un pointage régulier des objets/spécimens (récolement) afin de dissuader toute tentation ou négligence dans la gestion quotidienne des objets. Chaque mouvement des collections doit être scrupuleusement consigné, aucune négligence sur le mouvement des objets/spécimens ne doit être tolérée.

La surveillance des salles d’exposition et des réserves, la tenue scrupuleuse à jour d’un registre des autorisations d’accès (clés et alarmes) complèteront cette régie scrupuleuse des mouvements.

Lorsque le musée est fermé et le personnel absent, l’installation d’alarmes et de protections physiques garantira le musée des actes malveillants, si toutefois un lien est fait avec une équipe susceptible de faire une levée de doute, soit interne au musée, soit professionnelle, et ce en lien avec les services de police. Mais rien de remplace une organisation claire et simple pour pallier un manque de moyens car les systèmes d’alarmes les plus complexes sont inopérants si l’équipe du musée est désorganisée en matière de sécurité.

Concernant la sécurité des œuvres dans les espaces d’exposition, une attention particulière sera portée sur la scénographie qui ne doit pas gêner la surveillance ; l’accrochage doit éviter que les œuvres puissent être facilement décrochées et volées.

2.3. La conservation préventive en réserve

La réserve est le lieu prioritaire de la conservation préventive car elle abrite un ensemble complexe dans un espace limité ; c’est véritablement le « cœur » du musée. A ce titre, elle doit être établie loin des risques liés à l’environnement naturel ou technologique qui pourraient endommager pour grande partie la collection.

Proche des zones d’étude, d’emballage et de traitement des collections pour éviter les manipulations, elles ne sont aucunement des lieux de stockage de matériel autre que les spécimens et œuvres de la collection. Un ménage spécifique y est mené par du personnel de conservation.

Un des points très important est le rangement des objets dans les réserves, avec des registres indiquant tous les mouvements, des listes pour pointer les objets loin des contrôles d’empoussièrement, d’infestation… Bien y circuler évite les chocs contre mes objets (rangement, éclairage…). Le mobilier y est donc choisi avec soin et de manière spécifique.

Les matériaux d’emballage (ou « conditionnement ») des collections y sont aussi choisi avec soin pour éviter qu’ils n’attirent la poussière (électro-statisme), qu’ils s’acidifient et n’altèrent les objets ou qu’ils n’émettent d’autres substances chimiques.

2.4. Le contrôle des paramètres physicochimiques

2.4.1. La lumière

L’éclairage artificiel ou naturel émet des rayonnements - visibles ou non à l’œil nu - qui altèrent certaines collections. Les rayons infrarouges réchauffent les objets et les ramollissent ou les dessèchent ; les rayons ultraviolets décolorent les collections ou les brunissent ; ils diminuent la souplesse de certains matériaux (plastiques) et les rendent cassant. Les collections les plus sensibles sont organiques tels les papiers naturels sans ajout et donc les œuvres réalisées sur ces papiers, les textiles, les cornes et ivoires tandis que les objets inorganiques comme les métaux ou les roches non photosensibles réagissent peu.

Une des premières mesures est le contrôle de la lumière naturelle (proscrite en réserve) par la fermeture des fenêtres voire des vitrines (le visiteur soulevant un cache pour voir très rapidement l’objet). Les objets seront rangés dans des boites opaques.

Les mesures de contrôle s’effectuent avec un luxmètre qui calcule l’intensité lumineuse en lux.

2.4.2. Le contrôle du climat

La température et l’hygrométrie (humidité dans l’air) constituent en conservation du patrimoine le « climat » dans lequel est inséré l’objet de collection ; l’objet de collection interagit directement avec cet environnement, en échangeant des gaz, de l’eau, en subissant des dégradations physicochimiques. Il peut aussi être dégradé par diverses infestations conséquentes à un dérèglement climatique.

Deux points sont à surveiller avec attention et réactivité :

  • A l’inverse d’une cave à fromage où le développement des moisissures peut être recherché, l’humidité relative ne peut donc dépasser les 70% (Selon le C2RMF, une humidité relative de 47% à 53% et une température de 18 à 23°C
  • les variations brusques du climat provoquent craquements et déchirures (l’eau entrant ou sortant trop vite de l’objet) ; les variations de l’humidité relative ne doivent donc pas dépasser 2% par jour.

2.4.2.1. Humidité relative

« L’humidité relative (H.R) représente la quantité de vapeur d’eau contenue dans un volume d’air donné par rapport au maximum qu’il pourrait contenir à une température et à une pression données. L’H.R va de 0 à 100%. On dit que l’air est sec quand l’humidité relative est inférieure à 35%, l’air est moyennement humide entre 35 et 65% d’H.R et l’air est humide à plus de 65% d’H.R. A l’intérieur d’un même espace, l’H.R varie en fonction des changements de température : elle augmente si la température baisse et diminue si elle s’élève » (guide des bonnes pratiques du C2RMF).

Certains objets ou spécimens sont plus menacés que d’autres par ces échanges rapides d’eau comme les objets composites (en plusieurs matériaux), les matériaux très hygrophiles (cuirs), les métaux qui s’oxydent (rouille).

2.4.2.2. Température

Concernant la température, certains fonds imposent des températures abaissées pour ralentir les dégradations physicochimiques tels les objets en cire (sigillaire), les œuvres en matériaux artificiels les celluloïds (films), les textiles en rayon, nylon, les tirages photographiques, etc.

A l’inverse, certains matériaux organiques deviennent pulvérulents au contact du froid. Il conviendra donc dans la mesure du possible de stocker les objets/spécimens en réserve non par leur discipline mais bien en fonction des matériaux qui les composent pour les placer dans des espaces au climat adapté à chacun.

2.4.3. La pollution chimique

En milieu urbain comme à la campagne, et ce parce que les collections ont été elles-mêmes traitées par des insecticides dégageant des« COV » (composés organiques volatils), les collections subissent de nombreuses attaques chimiques : particules et gaz issus des échappements automobiles, poussière minérales abrasives issu du béton, emballages plastiques anciens inadaptés…

Filtrer l’air et mettre les vitrines et réserves en surpression pour éviter l’empoussièrement, ou tout simplement emballer les objets dans des conditionnements adaptés avec ou sans additif (antiacide, adsorbant…) est la première mesure à prendre pour diminuer les échanges de l’objet avec ces polluants. Les objets les plus sensibles ou rares sont mis sous atmosphère contrôlée à gaz inerte (La Joconde est exposée sous caisson hermétique à atmosphère contrôlée strictement http://www.goppion.com/fr/realisations/musee-du-louvre-monnalisa).

2.5. Le risque mécanique

L’installation d’un objet ou d’un spécimen dans une vitrine instable ou aux abords d’un engin qui vibre (moteur d’une ventilation par exemple) peut avoir des conséquences importantes telles des fissurations, des décollements de couche picturale, voire déplacer l’objet et provoquer sa chute. Les déplacements en camion ou avion sont donc à envisager avec un grand sérieux, comme les périodes de travaux ou la réparation des mobiliers anciens « bancales ».

Les collections les plus fragiles en matière de vibration sont les œuvres composites à assemblages complexes comme les instruments scientifiques, les œuvres récemment restaurées ou collées, les objets en verre. Parfois, c’est le socle de l’œuvre qui casse provoquant sa chute.

2.6. Le risque biologique (bio détériorations des collections)

Les insectes et les moisissures vivant et mangent les collections, qu’elles soient organiques ou non car ils peuvent souiller de leurs déjection des plastiques tout en dévorant un peu plus loin des collections organiques comme des cuirs, des livres anciens, des naturalisations ou des sculptures en bois polychrome.

2.6.1. Les bactéries

Un certain nombre de bactéries produisent des pigments et des enzymes qui colorent et dégradent l’objet de collection. Les bactéries simples (Eibactéria) peuvent être cellulolytiques comme les Pseudomonadaceae dégradent le papier ; nous les retrouvons aussi sur les momies, le cuir. Les Cellvibrio ou Cellefalcicula détruisent aussi la cellulose très rapidement, laissant sur la papier ou le bois des tâches orangé à rouge. Dans la grande famille des bactéries simples à spores, les bacillales comme Bacillus subtilis B. licehheniforme ou d’autres espèces du genre Bacillus liquéfient littéralement les cuirs et peaux de parchemins.

Les Mycobactérias, bactéries plus complexes et filamenteuses, sont aussi nocives pour les bien culturels, notamment les Actinomycéphales qui colorent les objets, les Myxobactériales dont Cytophaga hutchisonniii Cytophage qui produit des tâches jaunes brillantes ne relief sur les objets. Les Angiobactéries peuvent produire elle aussi ce type de tâches mais plus en gelée.

Il est donc important de nettoyer correctement les collections et de procéder régulièrement à des traitements anoxiques par lot notamment lors de rentrer de nouveaux fonds ou de documentation, une quarantaine s’imposant. La manipulation avec des gants soit aussi être maîtrisé : le lavage des gants s’impose lui aussi ou l’utilisation de gants jetables en cas de forte présomption d’infestation bactérienne.

2.6.2. Les champignons (dont moisissures)

Les champignons n’ayant, à l’inverse des plantes supérieures, aucune capacité de fabriquer de la matière vivante à partir de la lumière et du gaz carbonique de l’air, ils ont donc un besoin impératif de se développer sur des matériaux organiques comme des collections. Les « poils » qu’ils forment (filaments de mycélium) prennent différents aspects comme de minces dépôts poudreux gris, verts ou blancs, d’un ramollissement de l’objet (destruction des fibres du bois ou du papier) ou de taches blanches. Cette « poudre » est en fait constituée de spores extrêmement résistantes aux traitements fongicides ; dépoussiérer par aspiration fine les collections est donc incontournable dans la lutte contre les champignons. Ce sont la température et l’humidité ambiante qui programment la germination des spores ; le contrôle du climat est donc indispensable pour éviter leur développement. Certaines sont même thermorésistants, ils résistent donc à une mise sous étuve pat exemple. Les spores peuvent rester e état de latence et éclore tout à coup lorsque les conditions environnantes le permettent, avec en quelques heures une contamination possible de toute la collection.

Comme ne peuvent proliférer qu’en atmosphère humide et chaude (65% d’humidité relative et environ 30° C), abaisser l’humidité ambiante et la température prévient leur survenue ; une bonne ventilation doit être recherchée.

Voici les champignons les plus préoccupants pour les collections de musée :

Les basidiomycètes attendent très rapidement le bois mais aussi le métal. Ils dévastent an quelques heures propice tels un orage chaud et humide envahir une charpente ou des sculptures en bois qu’ils pourrissent. Un des Basidiomycète les plus terribles est la Mérule (Gyrophana lacrymans) aussi appelé « pourriture cubique » et qui détruit les bois d’œuvre puis les collections organiques puis tout les types de matériaux qu’elle rencontre (métal, béton, verre). De grandes galettes brunes apparaissant si son mycélium blanc soyeux n’a pas été détruit ; ces coussins s’tendent via de grandes palmettes qui s’étendent parfois sur plusieurs mètres.

Concernant les Ascomycètes, ils attaquent la cellulose et donc le papier et certains textiles naturels. Leurs fructifications forment de petites masses superficielles compactes de couleurs variées. Par exemple Numizia fulva attaque les animaux naturalisés.

Un tableau détaillé des matériaux attaqués par Genre peut être consulté dans l’excellent ouvrage du CNRS « Sauvegarde des collections du patrimoine : la lutte contre les détériorations biologiques ».

2.6.3. Les insectes

Les premières procédures de traitement contre les insectes sont attestées au 17e siècle sachant que la première protection reste une présente humaine active au sein des collections car l’obscurité et la tranquillité sont des facteurs propices au développement de ces petits animaux discrets mais grands destructeurs du patrimoine.

Le deuxième point de vigilance sera le climat car une ambiance chaude et humide permet l’éclosion rapide des œufs et donc une infestation rapide, découverte souvent trop tard à la vue des adultes (imagos) ou des traces de ponte (sciure, trous d’envol) , de passage (usures en surface) d’excréments ou de mues (exuvies).

Les insectes sont des animaux invertébrés dont certains ordres sont particulièrement destructeurs : les Thysanoures (lépismes)

Certains types de collections sont particulièrement menacés par les insectes :

  • celles en bois (détruit par la célèbre termite mais aussi par des coléoptères comme la petite et grande vrillette, le capricorne pour le mobilier et les charpentes ;
  • celles en kératine (fourrures, cheveux, cuirs, corne, laine…) mangés par les mites, les dermestes (présents en milieux urbains car se développant par exemple sur les cadavres de pigeons), les attagènes et les anthrènes ;
  • le papier grignoté par le poisson d’argent (lépisme)

Globalement, stocker de la nourriture (par exemple pour un aquarium ou dans les poubelles du restaurant du musée) ou avoir des plantes dans les bureaux attire les insectes. Tous les emballages et collections revenant de prêt doivent être traités ou subir une période de quarantaine, par exemple dans une poche thermo scellée si le musée ne possède par de salle de quarantaine.

Le piégeage relève de la conservation préventive, les infestations étant traitées par d’autres procédés.

2.6.4. Les autres animaux (oiseaux, mammifères)

Rongeurs, oiseaux et animaux divers souillent ou rongent les collections. Une société spécialisée pourra appuyer l’équipe en cas d’infestation. Les ouvrants et gaines d’aération doivent être munis de grilles très fines empêchant en même temps l’entrée des insectes.

3. La conservation curative

Alors que la conservation préventive agit sur les causes de dégradations des documents, la conservation curative traite les effets de ces dégradations qui menace l’intégrité de l’œuvre ou du spécimen et ce pour en stopper l’effet et la propagation au reste de la collection.

3.1. Traiter en masse

C’est après la deuxième guerre mondiale que les recherches sur la conservation curative des biens culturels se sont activement développées, la prise de conscience sur la fragilité de ce dernier ayant été accru au regard des destructions. De nombreuses astuces empiriques étaient enseignées aux jeunes conservateurs sans réels processus scientifique. L’accélération des progrès réalisés dans les laboratoires et l’émergence d’une conscience sur la toxicité des produits employés tant pour les collections que pour l’environnement et l’homme ont profondément remanié les usages en conservation curative. En 1908, les premières étuves pour tuer les moisissures apparaissent (Championnière). Le Dr BERLIOZ met en place le traitement de masse de gros volumes d’archive en 1919 (injection de vapeurs formolées et éthyliques).

Citons quelques exemples d’interventions menées dans le cadre de la conservation curative des collections : Traitement insecticide d'un don infesté avant son intégration en réserve, traitement contre les champignons et les moisissures par badigeon ou pulvérisation d’un fongicide, consolidation des déchirures et des lacunes d'un costume pour qu’il puisse être manipulé ultérieurement sans risque. Le traitement des infestations, très fréquentes, est toujours sujet à intervention urgente : les objets ou spécimens seront isolés du reste de la collection et placés en atmosphère plus sèche, dépoussiérés, traités par insecticide, fongicide ou anoxie (lien vers définition) et surveillés régulièrement.

3.2. La restauration au sein de la conservation curative

La restauration s’attache quant-à-elle à intervenir directement sur l’objet ou le spécimen lui-même en vue de stopper une dégradation active (moisissure), pour prolonger sa vie au regard d’une fragilité spécifique (désacidifier un papier par exemple) et pour lui rendre sa lisibilité pour mise-en-valeur (par exemple comblement d’un espace dans une poterie en vue d’en faire comprendre la forme).

Les articles 15 et 16 de la loi des Musées de France précisent les conditions de restauration et de conservation curative des collections labellisées Art. 15. - (Abrogé par Ordonnance 2004-178 du 20 Février 2004, art. 7 23°, JORF 24 février 2004) « Toute restauration d’un bien faisant partie d’une collection d’un musée de France (…) est précédée de la consultation des instances scientifiques prévues à l’article 10. Elle est opérée par des spécialistes présentant des qualifications ou une expérience professionnelle définies par décret sous la direction des professionnels mentionnés à l’article 6.

De nombreux manuels présentent des interventions de restaurateurs sur des objets de collection.

Un point important est de documenter chaque action, en amont puis durant l’intervention, pour conserver la trace des actions et traitements menés, notamment les restaurations qui modiefent définitivement l’objet. En effet, le personnel en charge de la collection du musée doit pour voir non seulement avoir connaissance d’une fragilité spécifique de chaque objet mais pouvoir aussi par exemple identifier le propriétaire du bien en cas de dépôt, son accord étant indispensable toute intervention modifiant celui-ci.

4. Le chantier des collections

Le chantier des collections est une opération d’ampleur incluant une chaîne de traitement préventif et curatif des collections transférées massivement d’un lieu à un autre, et ce avec pour étapes le récolement des collections (lien vers fiche), diverses opérations de nettoyage et mesure, la prise de vue, l’emballage te le transfert dans le nouveau lieu.

L’exemple le plus connu est celui du Musée du quai Quai Branly qui, de 2001 à 2004, a traité près de 300 000 objets provenant des anciennes collections du Musée des Arts d’Afrique et

d’Océanie et du Musée de l’Homme (http://www.bmvr.nice.fr/EXPLOITATION/Default/doc/ALOES/3167943/le-chantier-des-collections-du-musee-du-quai-branly-conservation-preventive-a-l-echelle-d-une-collec) : « Placée sous la responsabilité du directeur du projet, cette opération délicate par le nombre et la variété des collections à traiter est confiée à une équipe pluridisciplinaire comprenant des ingénieurs, des conservateurs, des restaurateurs, des photographes, des emballeurs, des installateurs : elle sous-entend des études de faisabilité, un calendrier, des opérateurs, des équipements, enfin des moyens financiers (de 2 à 10 % du budget total d’une opération de rénovation ou de construction, selon l’état des collections) ».

5. Conclusion

La conservation est une lutte permanente contre de multiples « ennemis », qui se mène de manière collective et anticipée au quotidien mais aussi par des outils de planification que nous avons présentés. Mais c’est bien la négligence et le vandalisme qui créé les dégâts les plus redoutables : charge à chaque responsable d’organiser sans relâche les cations qui font du musée l’outil performant de la conservation du patrimoine national.

Les collections dites « immatérielles » sont pleinement concernées elles-aussi car elles n’ont rien d’immatériel en fait : enregistrées sur des supports de substitution (un CD remplaçant un chanteur), elles présentent une difficulté supplémentaire en matière de conservation : celle de l’évolution du support physique sur lequel elles sont conservées, comme par exemple des bandes d’enregistrement magnétiques qu’il faudra pouvoir copier sur un autre type de support le temps voulu. Exemple : http://www.naja21.com/fr/espace-journal/la-collection-immaterielle-du-frac-lorraine/

La conservation des documents numérisés rejoint cette problématique. L’exemple de l’archivage des sites internet du domaine français par la BNF http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/livre_presse_medias/a.archives_internet.html

Quelques Sites internet à consulter

  • Office de Coopération et d’Information Muséographiques (OCIM) www.ocim.fr
  • ICC (Institut Canadien de Conservation) : institut scientifique et technique, pionnier dans le domaine de la conservation préventive, basé à Ottawa (Canada).
  • Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) Département Conservation préventive www.c2rmf.fr
  • Centre Inter-régional de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CICRP)
  • www.cicrp.fr

Bibliographie

  • FLIEDER Françoise, CAPDEROU Christine, 1999. Sauvegarde des collections du patrimoine : la lutte contre les détériorations biologiques. CNRS Editions.
  • L’usure du temps, la restauration des objets du patrimoine, 1998. Musée et sites archéologiques de Saint-Romain-en-Galle Ed.
  • GUILLEMARD Denis, LAROQUE Claude, Manuel de conservation préventive, gestion et contrôle des collections, OCIM, Dijon, 1994.
  • ILLES Véronique & DERION Brigitte, Guide de manipulation des collections, Somogy, Paris, 2004.
  • MAY Roland, Les réserves de musée : nouvelles missions, nouvelles fonctions, nouvelles appellations, in Technè n° 21, 2005, « Science et Conservation », pp 109-112.
  • NACHBAR Philippe et RICHERT Philippe, Collections des musées : là où le pire côtoie le meilleur, Sénat, commission des affaires culturelles, mission d’information chargée d’étudier la gestion des collections des musées, Les rapports du Sénat, n° 379, 2002-2003.
  • Revue In Situ, Patrimoines et conservation préventive. Pratiques comparées et nouveaux enjeux

Auteur :

GAUTHIER Catherine

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Concours de la FPT

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Créé le 29 mai 2019
 

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